LE LABOUREUR ET LA TERRE
Un laboureur courbé sous le travail et l'âge, Recueillant peu de fruits du soin de ses guérets, Las de se consumer au culte de Gérés,
Un jour enfin perdit courage.
Cet homme abandonnant et charrue et chevaux,
Les laisse errer à l'aventure, Ya s'asseoir sous un arbre et, par un vain murmure, A la terre, en pleurant, il reproche ses maux. Ingrate, lui dit-il, c'est pour toi que j'endure Depuis quarante hivers la rigueur des saisons.
3t>2 LE PARTERRE ET LE POTAGER.
En ai-je eu pour cela de plus riches moissons ?
Est-il quelqu'un dans la nature
Qui profite moins de tes dons ?
Achève ; mes destins n'ont été que trop longs ; Reprends de tristes jours que je te sacrifie : Je ne puis plus porter le fardeau de la vie.
Sous mes membres brisés, ô terre, entrouvre-toi ! Dans ton avide sein, ô terre, reçois-moi !
Mourir est mon unique envie.
La terre s'entr'ouvrant lui fait voir son tombeau. Notre homme avec horreur détourne alors la vue, Se lève, et reprenant un courage nouveau,
Retourne vite à sa charrue.