‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 258 sur 271 · LE MOINEAU ET LE PINSON · texte numérisé non relu

LE MOINEAU ET LE PINSON

Au haut d'un mur, certain vase de terre, Qu'une maligne main plaça là tout exprès, Logeait un moineau franc, ses petits et la mère.

1 Junoo, reine des dieux, femme de Jupiter et fille de Saturne et de Rhée. Junon, Minerve et Vénus disputèrent la fameuse pomme que la Discorde avait jetée sur la table dans le festin des dieux, aux noces de Thétis et de Pelée, et sur laquelle elle a?ait écrit cet mots : A la plu* belle.

Un marronnier était auprès.

Sur cet arbre un pinson, sans beaucoup de dépense, Avait pour ses petits construit certain palais, Qu'en langue de pinson l'on nomme nid, je pense. Le moineau, qui parfois songeait au mauvais temps, De loger en plein air blâmait son imprudence. Mon voisin, disait-il, n'aime pas ses enfants;

Ou c'est un bien pauvre génie :

Aux injures du temps il expose leur vie.

Son cœur eût dû prévoir pour eux mille accidents : (Bon cœur peut quelquefois tenir lieu de bon sens). Pour moi, j'ai mis les miens à l'abri de la pluie.

Adieu le nid, si de ses flancs Le Nord laisse échapper le plus léger des vents.

Ha maison brave leur furie; Sans craindre aucun danger nous vivons là dedans. Je plains cette famille, hélas! si peu chérie:

Ce que c'est qu'un père imprudent !

Il achevait ces mots, lorsqu'un fripon d'enfant,

Par une lucarne ennemie, Mettant la main sur le fatal logis, Enlève le moineau, la mère et les petits.

Certaine chatte douairière 1 , Avec une autre vieille un jour s'entretenait : ' Devinez sur quelle matière?

C'était d'amour qu'il s'agissait.

Sur l'amour on ne tarit guère :

4 Douairière; on appelle ainsi les veuves d'un certain rang, qui jouissent d'un douaire.

(Je ne parle que du caquet).

Femelle d'homme une journée entière En jasera sans se faire prier :

Femelle de matou, parfois aussi babille

Sur ce chapitre, un jour entier.

Celle que j'introduis en son temps fut gentille. L'autre vieille était chatte aussi de son métier :

Ne trouvez-vous pas, ma commère, Qu'en amour, comme en tout, le siècle dégénère ; Et que nos jeunes chats autrefois si galants, Sont devenus grossiers, brutaux, impertinents? Mon Dieu ! j'en suis choquée autant que vous, ma chère;

Leurs procédés font mal au cœur.

Jadis il n'était pas de si laide gouttière, Qui ne parût charmante aux yeux du chat vainqueur, Dont j'y récompensais la tendresse sincère

Par quelque légère faveur.

Nos plus jeunes minets alors étaient fidèles. Ma chère, vous rouvrez des blessures cruelles, Dit l'autre ; et je connais bien des ingrats aussi. Un chat les entendait : Le beau train que voici ! Avez-vous tout conté, mes deux bonnes amies,

Dit-il en rompant l'entretien ?

Quand nous étions galants, vous étiez plus jolies. Grondez, emportez-vous ; vos cris n'y feront rien. Vous ne remarquez pas que vous êtes vieillies ;

Mais pour nous, nous le voyons bien.

Coquettes, qui briguez vainement la louange, Quand de vos yeux éteints les ris sont délogés;

Vous criez que le siècle change,

Tandis que c'est vous qui changez.

Riche, gourmand et d'épaisse encolure,

Un homme à se repaître employait tout son bien.

L'histoire dit que la nature En formant de son corps la grossière structure,

Avait compté le cœur pour rien.

Le galant eut par ce moyen L'estomac fort, mais l'âme un peu bien dure.

Indifférent à tout, libre de tout lien,

Mauvais parent, plus mauvais citoyen ; Cet homme dont la panse était toujours remplie, Passait à digérer la moitié de sa vie.

Je ne troquerais pas mon sort contre le sien. Son voisin, riche aussi, mais généreux et sage,

Des trésors connaissant l'usage, Mangeait peu, mais faisait du bien.

Ce mortel vertueux, doué d'un cœur sensible,

Aux malheureux, tendant la main,

Eût voulu, s'il était possible, Répandre ses bienfaits sur tout le genre humain. Le trésor du gourmand bientôt se trouva vide. Son voisin à son tour fut aussi ruiné.

L'un avait mangé tout, l'autre avait tout donné. Celui-ci n'avait pris que son bon cœur pour guide, L'autre son appétit : rare et singulier choix ! Le glouton se trouva sans amis, sans ressource. Ceux mêmes qu'à sa table il admit autrefois,

Maintenant lui ferment leur bourse.

La faim par qui s'accroît l'empire de la mort, Et dont l'intempérance est la source ordinaire,

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