‹ Fables de Florian (volume 2)Chapitre 268 sur 271 · LE RENARD PEINTRE · texte numérisé non relu

LE RENARD PEINTRE

Au temps d'Ésope 1 , où tous les animaux,

Discourant comme les sept sages, Comptaient entre eux d'illustres personnages, Des rois, des savants, des héros ; Un renard qui marchait sur les traces d'Àpelle', Avec tel artifice avait peint un tableau,

Que l'âne, l'ours et le taureau Y retrouvaient, dit-on, leur image fidèle.

Ces gens, comme on croit bien, n'étaient pas peints en

[beau.

* Ésope, auteur célèbre par ses fables, était Phrygien, selon la plus commune opinion. Il naquit esclave, et fut mené i Athènes ou il apprit la philosophie morale. Par la suite, ayant été affranchi, il fut appelé à la cour de Crésus qui le combla de bienfaits, et il s'y entretint avec Solon et les autres sages de la Grèce. Crésus l'envoya & Delphes pour y foire des sacrifices à Apollon, et distribuer à chaque citoyen quatre mines d'argent. Esope s'étant aperçu que les terres labourables des environs de Delphes étaient en friche, reprocha aux Delphiens leur paresse, et renvoya à Crésus le reste de l'argent employé aux sacrifices. Les Delphiens irrités le précipitèrent du haut d'un rocher Toute la Grèce s'intéressa & sa mort, et les Athéniens lui élevèrent une magnifique statue. On croit communément, sur le témoignage de Planudes, qu'Esope était le plus difforme et le plus contrefait de tous les hommes. Mais sa vie, écrite par cet auteur, est remplie de conles ridicules et puérils, auxquels on ne doit pas ajouter foi.

* Apelles, le plus grand peintre de l'antiquité, qui vivait environ 500 ans avant Jésus-Christ. Alexandre ne voulut jamais permettre qu'à trois hommes de travailler à son portrait ; à Praxitèle en sculpture, à Lysippe en fonte, et au célèbre Apelles en peinture.

TÉLAMOïl ET ZIRPHÉ, H1LAS ET ZÉNÉIDE. 331

Par-devant le lion ils allèrent se plaindre.

Celui-ci, pour toutes raisons, Leur dit : Vous l'accusez d'avoir voulu vous peindre? Au bas de son ouvrage a-t-il écrit vos noms?

— Nullement, dirent-ils. — Eh 1 qui donc vous oblige

De vous en appliquer les traits?

Mais la malignité charge tous ses portraits...

Qui s'y reconnaît se corrige.

On osa de tout temps attaquer nos défauts Par l'artifice heureux d'un adroit badinage :

De tout temps le ciel fit les sots

Pour les menus plaisirs du sage.

TÉLAMON ET ZIRPHÉ, HILAS ET ZÉNÉIDE

A cet heureux instinct qu'on nomme la nature, Je consacre aujourd'hui ma plume et mon encens : Je chante des vertus la source la plus pure.

Dieux, qui touchez les cœurs, animez mes accents !

Télamon et Zirphé, couple aussi beau que sage,

Couple chéri du ciel, jadis vivaient heureux.

Tous deux nés dans un bourg, de parents vertueux,

Tous deux s'aimant dès le printemps de l'âge, Par les nœuds de l'hymen virent combler leurs vœux. Bientôt l'affreux trépas termina la carrière

De ceux dont ils tenaient le jour.

Ce couple généreux signala son amour

Par la douleur la plus sincère.

Le ciel récompensa leur tendre piété ; Il bénit leur hymen, et Zirphé devint mère.

Pour ces jeunes époux quelle félicité !

382 TÉLAMON ET ZIRPHÉ, HILAS ET ZÉNÉIDE

Elle eut un fils : rien n'égala leur joie.

Puisse Cloton filer d'or et de soie Les jours de cet enfant chéri !

Par Zirphé même il fut nourri.

Jamais aux bois vit-on la tourterelle 1 Pour paître ses petits et veiller sur leurs jours,

D'une autre mère emprunter le secours?

La nature parlait, Zirphé lui fut fidèle.

Au bout d'un an son fils eut une sœur.

Il s'appelait Hilas, elle eut nom Zénéide.

Fasse le ciel qu'aucun astre perfide Ne puise à cette jeune fleur !

Télamon à son fils voulut servir de guide :

Avant l'esprit il lui forma le cœur.

Zénéide apprit de sa mère

L'art de bien vivre, ensuite l'art de plaire.

Qu'il était beau de voir ces deux enfants

Puiser au cœur de leurs tendres parents

De douces mœurs, un sage caractère,

Des désirs purs, de nobles sentiments! Ils apprenaient de l'un ce qu'ils devaient à l'autre.

Siècle charmant ! plus heureux que le nôtre,

Où la vertu simple et sans ornements, Plaisait dans la bouche d'un père !

Aimer autrui, craindre et servir les dieux,

Des malheureux soulager la misère, Respecter les vieillards, fuir les gens vicieux, Mettre à profit le temps, être juste, sincère,

1 Tourterelle, oiseau des bois, assez commun et de la grosseur d'un pigeon, qu'on donne pour le symbole de la chasteté conjugale, darce que le mâle et la femelle vont toujours ensemble, et qu'on prétend qu'après la mort de l'une l'autre ne cesse pas de vivre seul.

Page 1