LIVRE IV, FABLE V
Consoler un moment ma douleur solitaire. »
Un pigeon entendit ces mots,
Et courut auprès du malade :
« Hélas! mon pauvre camarade,
Lui dit-il , je plains bien vos maux ; Mais je ne comprends pas qu'un hibou de votre âge
Soit sans épouse, sans parents,
Sans enfants ou petits-enfants.
N'avez-vous point serré les nœuds du mariage
Pendant le cours de vos beaux ans? »
Le hibou répondit: « Non vraiment, mon cher frère;
Me aiarier ! et pourquoi faire?
J'en connaissais trop le danger.
Vouliez-vous que je prisse une jeune chouette
Bien jlHourdie et bien coquette.
Oui me trahit sans cesse ou me fit enrager, Oui me donnât des fils d'un méchant caractère ,
Ingrats, menteurs, mauvais sujets, Désirant en secret le trépas de leur père ' ?
Car c'est ainsi qu'ils sont tous faits.
Pour des parents, je n'en ai guère, Et ne les vis jamais : ils sont durs, exigeants,
Pour le moindre sujet s'irritent,
N'aiment que ceux dont ils héritent; Encor ne faut-il pas qu'ils attendent longtemps. Tout frère ou tout cousin nous déteste et nous pille.
— Je ne suis pas de votre avis , Répondit le pigeon. Mais parlons des amis;
Des orphelins c'est la famille :
Vous avez dû près d'eux trouver quelques douceurs.
— Les amis ! ils sont tous trompeurs.
J'ai connu deux hibous qui tendrement s'aimèrent Pendant quinze ans, et, certain jour, Pour une souris s'égorgèrent.
Je crois à l'amitié moins encor qu'à l'amour.
— Mais ainsi, Dieu me le pardonne 1
t. Balzac dii la nëme chose.
"Vil
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Vous n'avez donc aim6 personne?
— Ma foi non , soit dit entre nous.
— En ce cas-là, mon cher, de quoi vous plaignez-vous ? »