LIVRE IV, FABLE VII
Vint porter certain jour un eoffret cacheté
Au plus sage dervis qui fîlt en Arabie.
« Ce coflTret, lui dit-il, renferme des rubis,
Des diamants d'un tr^s-grand prix :
C'est un prosent que je veux faire
A l'homme que tu jugeras
Être le plus fou de la terre.
Cherche bien , tu le trouveras. »
Muni de son colTret, notre bon solitaire S'en va courir le monde. Avait-il donc besoin
D'aller loin?
L'embarras de choisir était sa grande affaire : Des fous toujours plus fous venaient de toutes parti
So présenter à ses regards.
Notrer pauvre dépositaire v
Pour l'offrir à chacun saisissait le cofi'ret ;
Mais un prpssentiment secret
Lui conseillait de n'en rien faire,
L'assurait qu'il trouverait mieux.
Errant ainsi de lieux en lieux,
Embarrassé de son message,
Enfin, après un long voyaiTC, Notre honime et le coffret arrivent un matin
Dans la ville de Constantin '.
Il trouve tout le peuple en joie :
« Que s'est-il donc passé"? — Hicn , lui dit un iman'; C'est notre grand vizir que le sultan envoie,
Au moyen d'un lacet de soie,
Porter au prophète un firir.ati ^.
Le peuple rit toujours de ces sortes d'affaires;
Et, comme ce sont des misères , Notre empereur souvent lui donne ce plaisir.
1. Conslantinople,autrefoisByzance. Les Turcs, qui la possèdent aujourd'hui, l'appellcni Siaiiiboul.