B LA FABLE. XIX
suppose un peuple civilisé dès longtemps, il est assez vraisemblable que ses fables ne furent pas les premières. Peut-être même n'est-ce qu'un recueil des apologues qu'il avait appris à l'école des gymnosophistes, dont l'antiquité se perd dans la nuit des temps. Ce qu'il y a de sur , c'est que ces apologues indiens, parmi lesquels on trouve les deux Pigeons , ont été traduits dans toutes les langues de l'Orient, tantôt sous le nom de Bidpaï ou Pilpaï, tantôt sous celui de Lokman. Ils passèrent ensuite en Grèce sous le titre de Fables d'Ésope. Phèdre les Gt connaître aux Romains. Après Phèdre, plusieurs Latins, Aphtonius', Avien, Gabrias, composèrent aussi des fables. D'autres fabulistes plus mgdernes, tels que Faërne, Abstémius, Camérarius, en donnèrent des recueils, toujours en latin, jusqu'à la fin du xvi^ siècle, qu'un nommé Hégémon, de Chalonà-sur-Saône, s'avisa le premier de faire des fables en vers français *. Cent ans après, La Fontaine parut ; et La Fontaine fit oublier toutes les fables passées, et, je tremble de vous le dire, vraisemblablement aussi toutes les fables futures. Cependant, M. de La Motte et quelques autres fabulistes très-estimables de notre temps ont eu, depuis La Fontaine, des succès mérités. Je ne les juge pas devant vous, parce
1. ApVitonius n'est pas un Lalin, mais un Grec, aussi bien que Gabrias, qu'il faut nommer Rabrius, et dont les fables, longtemps perdues ou défigurées, ont été récemment remises eu lumière.
2. Florianignorailqu'au moyen âge les trouvères avaient composé le Roman de Renart, qui est un recueil d'apologues, et que Marie de France, au treizième siècle, a mis en vers les tables d'Ésope. Bien d'autres versificateurs ont rimé en France d'après Ésope, avant Philibert Hégémon. '