XV. Le Hérisson et les Lapins
Il est certains esprits d'un naturel hargneux,
Qui toujours ont besoin de guerre; Ils aiment à piquer, se plaisent à déplaire. Et montrent i^our cela des talents merveilleux.
Q)uant à moi , je les fuis sans cesse , Eussent-ils tous les dons et tous les attribut?; J'y veux de l'indulgpnce ou de la politesse:
C'est la parure des vertus.
Ur. Lérisson , qu'une tracasserie Avait forcé de quittersa patrie ,
Dans un grand terrier de lapins
Vint porter sa misanthropie.
Il leur conta .-^es longs chagrins.
Contre ses ennemis exhala bien sa bile , El finit par prier les hôtes souterrains
De vouloir lui donner asile.
« Volontiers, lui dit le doyen ; Nous sommes bonnes gens , nous vivons comme frères , Et nous ne connaissons ni le tien ni h' mien ; Tout est commun ici : nos plus grandes affaires
Sunl d'aller, dès l'aube du jour, liiouler le serpolet, jouer sur l'herbe tendre : Chacun, penddnt ce temp>, sentinelle à son tour, Veille sur le cha-seur qui voudrait nous surprendre;