III DE LA FABLE
la môme morale, la même image, la même marche, presque les mêmes expressions; cependant les deux fables do Boileau el de Rousseau sont au moins trèsmédiocres, et celle de La Fontaine est un chef-d'œuvre.
« La raison de celle différence nous est parfaitement développée dans un excellent morceau sur la fable, de M. Marmontel '. Il n'y donne pas les moyens d'écrire de bonnes fables, car ils ne peuvent pas se donner ; il n'expose point les principes , les règles qu'il faut observer, car je répète que dans ce genre il n'y en a point : mais il est le premier, ce me semble, qui nous ait expliqué pourquoi l'on trouve un si grand charme à lire La Fontaine, d'oîi vient l'illusion que nous cause cet inimitable écrivain, a Non-seule- « ment , dit M. Marmontel , La Fontaine a ouï dire ce « qu'il raconte , mais il l'a vu , il croit le voir encore. « Ce n'est pas un poêle qui imagine, ce n'est pas un « conteur qui plaisante; c'est un témoin présent à « l'action , et qui veut vous y rendre présent vous- « même: son érudition, son éloquence, sa philoso- « phie, sa politique, tout ce qu'il a d'imagination, « de mémoire, de sentiment, il met tout en œuvre, f de la meilleure foi du monde, pour vous persuader; « et c'est cet air de bonne foi, c'est le sérieux avec « lequel il mêle les plus grandes choses avec les plus « petites, c'est l'importance qu'il attache à des jeux « d'enfants, c'est l'intérêt qu'il prend pour un lapin « et une belette, qui font qu'on est tenté de s'écrier à i( chaque instant : Le bon homme ! etc. »