II. Le vieux Arbre et le Jardinier
Un jardinier, dans son jardin,
Avait un vieux arbre stérile ; C'était un grand poirier, qui jadis fut fertile : Mais il avait vieilli, tel est notre destin. Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin ;.
Le voilà qui prend sa cognée.
Au premier coup l'arbre lui dit :
« Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
Que je t'ai donné chaque année.
La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant ;
N'assassine pas un mourant Qui fut ton bienfaiteur. — Je te coupe avec peine. Répond le jardinier; mais j'ai besoin de bois. »
Alors , gazouillant à la fois ,
De rossignols une centaine S'écrie : « Épargne-le, nous n'avons plus que lui. Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage, Nous la réjouissons par notre doux ramage; Elle est seule souvent, nous charmons son ennui. » Le jardinier les chasse et rit de leur requête; Il frappe un second coup. D'abeilles un essaim Sort aussitôt du tronc, en lui disant : « Arrête,
Écoute-nous , homme inhumain :
Si tu nous laisses cet asile ,
Chaque jour nous te donnerons Un miel délicieux, dont tu peux à la ville
Porter et vendre les rayons; Cela te touche-t-il? — J'en pleure de tendress?»,