‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 45 sur 160 · II. Le vieux Arbre et le Jardinier · texte numérisé non relu

II. Le vieux Arbre et le Jardinier

Un jardinier, dans son jardin,

Avait un vieux arbre stérile ; C'était un grand poirier, qui jadis fut fertile : Mais il avait vieilli, tel est notre destin. Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin ;.

Le voilà qui prend sa cognée.

Au premier coup l'arbre lui dit :

« Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit

Que je t'ai donné chaque année.

La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant ;

N'assassine pas un mourant Qui fut ton bienfaiteur. — Je te coupe avec peine. Répond le jardinier; mais j'ai besoin de bois. »

Alors , gazouillant à la fois ,

De rossignols une centaine S'écrie : « Épargne-le, nous n'avons plus que lui. Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage, Nous la réjouissons par notre doux ramage; Elle est seule souvent, nous charmons son ennui. » Le jardinier les chasse et rit de leur requête; Il frappe un second coup. D'abeilles un essaim Sort aussitôt du tronc, en lui disant : « Arrête,

Écoute-nous , homme inhumain :

Si tu nous laisses cet asile ,

Chaque jour nous te donnerons Un miel délicieux, dont tu peux à la ville

Porter et vendre les rayons; Cela te touche-t-il? — J'en pleure de tendress?»,

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