LIVRE II, FABLE IV
Ceux-ci sont nés boiteux, ceux-là sont nés bossus,
L'un un peu moins , l'autre un peu plus :
La nature, de cent manières, Voulut nous affliger : marchons ensemble en paix ;
Le chemin est assez mau\ais,
Sans nous jeter encor des pierres '. »
Or il arriva , certain jour, Que notre bon vieillard trouva dans une tottr
Un trésor caché sous la terre.
D'abord il n'y voit qu'un moj^en
De pouvoir faire plus de bien ;
Il le prend , l'emporte et le serre.
Puis, en réfléchissant, le voilà qui se dit . « Cet or que j'ai trouvé ferait plus de profit
Si j'en augmentais mon* domaine ; J'aurais plus de vassaux , je serais plus puissant. Je peux mieux faire encor : dans la ville prochaine Achetons une charge , et soyons président.
Président ! cela vaut la peine Je n'ai pas fait mon droit , mais . avec mon argent*, On m'en dispensera , puisque cela s'achète. »
Tandis qu'il rêve et qu'il projette
Sa servante vient l'avertir
Que les jeunes gens du village Dans la cour du château sont à se divertir :
Le dimanche , c'était l'usage , Le seigneur se plaisait à danser avec eux. « Oh! ma foi, répond-il, j'ai bien d'autres affaires; Que l'on danse sans moi. » L'esprit plein de chimères, Il s'enferme tout seul pour se tourmenter mieux.
Ensuite il va joindre à sa somme
t. Ces deux vers excellents mériteraient de passer en proverbe 2. Voltaire a dit de même ;
Avec de l'or je te fais président, Fermier du roi, conseiller, intendant.
Et Boileau :
L'argent seul , au palais , peut faire un magistrat.