‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 51 sur 160 · LIVRE II, FABLE IV · texte numérisé non relu

LIVRE II, FABLE IV

Un petit sac d'argent, reste du mois dernier.

Dans l'instant arrive un pauvre homme

Qui , tout en pleurs, vient le prier De vouloir lui prêter vingt écus pour sa taille ' : J r

« Le collecteur, dit-il, va me mettre eu prison, |.

Et n'a laissé dans ma maison

Que six enfants sur de la paille. )• Notre nouveau Crésus lui répond durement

Qu'il n'est point en argent comptant.

Le pauwft malheureux le regarde, soupire,

Et s'en retourne sans mot dire.

Mais il n'était pas loin , que notre bon seigneur

Retrouve tout à coup son cœur :

Il court au paysan , l'embrasse.

De cent écus lui fait le don ,

Et lui demande encor pardon.

Ensuite il fait crier que sur la grande place Le village assemblé se rende dans l'instant.

On obéit ; notre bonhomme

Arrive avec toute sa somme.

En un seul monceau la répand.

« Mes amis, leur dit-il , vous voyez cet argent ; Depuis qu'il m'appartient je ne suis plus le même; Mon âme est endurcie , et la voix du malheur

N'arrive plus jusqu'à mon cœur.

Mes enfants, sauvez-moi de ce péril extrême : Prenez et partagez ce dangereux métnl ; Emportez votre part chacun dans votre asile : Entre tous divise, cet or peut être utile; Réuni chez un seul, il ne fait que du mal. »

Soyons contents du nécessaire , Sans jamais souhaiter de trésors superflus : Il faut les redouter autant que la misère,

Comme elle ils chassent les vertus.

1. La taille était le nom d'un imp6t qui a longtemps pesé sur les Gampa^nes. i,a taille et la corvée revenaient alors tans cesse dans le« doléances du peuple.

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