‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 55 sur 160 · G LIVRE II, FABLE VII · texte numérisé non relu

G LIVRE II, FABLE VII

Vous charmera gratis. Oui, messieurs, à la porte

On ne prend point d'argent, je fais tout pour l'honneuf: i

A ces mots , chaque spectateur

Va se placer, et l'on apporte La lanterne magique; on forme les volets;

Et, par un discours fait exprès,

Jacqueau prépare l'auditoire.

Ce morceau vraiment oratoire

Fit bâiller; mais on applaudit.

Content de son succès, notre singe saisit Un verre peint qu'il met dans sa lanterne.

Il sait comment on le gouverne , Et 'Crie en le poussant : « JEst-il rien de pareil?

Messieurs , vous voyez le soleil ,

Ses rayons et toute sa gloire.

Voici présentement la lune; el puis l'histoire

D"Adam, d'Eve et des animau.\....

Voyez, messieurs, comme ils sont beaux 1

Voyez la naissance du monde; Voyez.... » Les spectateurs, dans une nuit profonde, Ècarquillaieni leurs yeux et ne pouvaient rien voir ;

Lappartemcnt, le mur, tout était noir.

u Ma foi , dirait un chat , de toutes les merveilles

Dont il étourdit nos oreilles ,

Le fait est que je ne vois rien.

— Ni moi non plus, disait un chien.

— Moi, disait un dindon, je vois bien quelque chose' ;

Mais je ne sais pour quelle cause

Je ne distingue pas très-bien. »

Pendant tous ces discours, le Cicéron * moderne Parlait éloquemment et ne se lassait point.

Il n'avait oublié qu'un point :

C'était d'éclairer sa lanterne.

1. Trait de caractère tl d'un comique excellent. Le prupre de& dindons e>l de ne jamais av.mer qu'ils ne voient rien : c'est qu'à l'ignorance ils juiguenl la sottise.

2. Cicéi-on, le prince des orateurs latins. On dit ('•gaiement, pou •igni&er un grand orateur, un DémoBibène ou un Mirabeau.

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