‹ Fables de Florian (volume 3)Chapitre 6 sur 160 · DE LA FABLE. XI · texte numérisé non relu

DE LA FABLE. XI

bles, et soyez sûr que La Fontaine est si divin, que beaucoup de places infiniment au-dessous de la sienne sont encore Irès-belles. Si vous pouvez en avoir une, je vous en ferai mon compliment. Pour cela, vous n'avez besoin que de deux choses que je vais tâcher de vous expliquer.

« Quoique je vous aie dit que je ne connais point de déûnition juste et précise de l'apologue, j'adopterai pour la plupart celle que La Fontaine lui-même a choisie, lorsqu'on parlant du recueil de ses fables, il l'appelle :

Une ample comédie à cent actes divers, Et dont la scène est l'univers,

« En effet, un apologue est une espèce de petit drame : lia son exposition, son nœud, son dénoûment. Que les acteurs en soient des animaux, des dieux, des arbres, des hommes, il faut toujours qu'ils commencent par me dire, ce dont il s'agit, qu'ils m'intéressent à une situation, à un événement quelconque, et qu'ils finissent par me laisser satisfait, soit de cet événement, soit quelquefois d'un simple mot, qui est le résultat moral de tout ce qu'on a dit ou fait. Il me serait aisé, si je ne craignais d'être trop bavard, de prendre au hasard une fable de La Fontaine, et de vous faire voir l'avant-scène, l'exposition, faite souvent par un monologue, comme dans la fable du Berger et son troupeau; l'intérêt commençant avec la situation, comme dans La Colombe et la Fourmi, le danger croissant d'acte en acte, car il y eu a de plusieurs actes, comme l'Alouette

\Ii DE LA FABLB.

et S4S Pettis avec le Maître d'un champ; et le déaoûment enfln, mis quelquefois en spectacle, comme dans le Loup devenu Berger, plus communément en simple récit.

0 Cela posé, comme lo fabuliste ne peut être aidé par de véritables acteurs, par le prestige du théâtre, et qu'il doit cependant me donner la comédie, il s'ensuit que son premier besoin , son talent le plus nécessaire, doit être celui de peindre : car il faut qu'il montre aux regards ce théâtre, ces acteurs qui lui manquent; il faut qu'il fasse lui-même ses décorations , ses habits ; que non-seulement il écrive ses rôles, mais qu'il les jouo en les écrivant, et qu'il exprime à la fois les gestes, les attitudes, les mines, les jeux de visage qui ajoutent tant à l'effet des scènes.

« Mais ce talent de peindre ne sufiBrait pas pour le genre de la fable , s'il ne se trouvait réuni avec celui de conter gaiement : art difficile et peu commun ; car la gaieté que j'entends est à la fois celle de l'esprit et celle du caractère. C'est ce don , le plus désirable sans doute , puisqu'il vient presque toujours de l'innocence, qui nous fait aimer des autres, parce que ncus pouvons nous aimer nous-mêmes; change en plaisir toutes nos actions, et souvent tous nos devoirs; nous délivre, sans nous donner la peine de l'attention , d'une foule de défauts pénibles, pour nous orner de mille qualité» qui no coiUent jamais d'efforts. En6n celte gaieté , selon moi, est la véritable philosophie, qui se contente de peu sans savoir que c'est un mérite, supporte avec résiîïnalion les maux inévitables do la vie sans avoir

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