DE LA FABLE. XIH
besoin de so dire que l'impatience n'y changeiait rien , pt sait encore faire le bonheur de ceux qui nous environnent, du seul supplément de notre propre bonheur.
c Voilà la gaieté que je veux dans l'écrivain qui raconte : elle entraîne avec elle le naturel , la grâce, la naïveté. Le talent de peindre, comme vous savez, comprend le mérite du style et le grand art de faire des vers qui soient toujours de la poésie. Ainsi je conclus que tout fabuliste qui réunira ces deux qualités pourra se flatter, non pas d'être l'égal de La Fontaine, mais d'être souffert après lui,
— Parlez-vous sérieusement, lui dis-je, et prétendezvous m'encourager? Si tout ce que vous venez de détailler n'est que le moins qu'on puisse exiger d'un fabuliste, que voulez-vousque je devienne? Ou laissezmoi brûler mes fables, ou ne me démontrez pas qu'elles ne réussiront point. Je pourrais vous répondre pourtant que l'élégant Phèdre n'est rien moins que gai, que le laconique Ésope ne l'est pas beaucoup davantage , que l'Anglais Gay n'est presque jamais qu'un philosophe de mauvaise humeur, et que cependant....
— Ces messieurs-là, reprit le vieillard, n'ont rien de commun avec vous. Indépendamment de la différence de leur nation, de leur siècle, de leur langue, songez que Phèdre fut le premier chez les Romains qui écrivit des fables en vers; que Gay fut de même le premier chez les Anglais, Je ne prétends pas assurément leur disputer leur mérite : mais croyez que ce mot de premier ne laisse pas de faire à la réputation des hommes. Quant à votre Ésope, je ne dirai pas qu'il fut aussi le