LIVRE II, FÀJÎLE XI. ^ k
I Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents! Dame nature
Pour lui fit tout , et pour moi rien. Je n'ai point de talent, encor moins de fijzure; Nul ne prend g.irde à moi , l'on m'ignore ici-bas !
Autant vaudrait n'exister pas. »
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d'enfants.
Aussitôt les voilà courants Après ce papillon dont ils ont tous envie : Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l'attraper. L'insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L'un le saisit par l'aile, un autre par le corps ; Un troisième survient, et le prend par la tête :
11 ne fallait pas tant d'efforts
Pour d(5cliirer la pauvre bête. >
0 Oh , oh 1 dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
II en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde! »
Pour vivre heureux , vivons caché '.
1. Le conseil esl boiij mais n'est pas grillon qui veut. Bien des hommes sont condamnes à se produire et à lutter. Ce ne sont pas les moindres.
Xll.- Le Château de cartes.
Un bon mari , sa femme et deux jolis enfants Coulaient en paix leurs jours dans le simple ermitage Où , paisibles comme eux , vécurent leurs parents. Ces époux , partageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin , recueillaient leurs moissona; Et le soir, dans 1 été, soupant sous le feuillage,
42 ^ LIVRE ir, FABLE XII.
Dans l'hiver, devant leurs tisons, Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la suiiesse , Leur parlaient ^u bonheur ([u'elles donnent toujours Le père par un conte égayait ses discours ,
La mère par une caresse ' L'alné de ces enfants , né grave , studieux ,
Lisait et méditait sans cesse; Le cadet, vif, léger, mais plein de pentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage , à çô^é de leur père, Assis près d'une table où s appuyait la mère, L'aîné lisait Roliin* : le cadet, peu soigneux D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthea, Employait tout son art, toutes ses facultés", A joindre, à soutenir par les quatre côtés
Un fragile château de cartes.
11 n'en respirait pas d'attention , de peur.
Tout à coup voici le lecteur Qui s'interrompt : « rai)a, dit-il, daigne m'inslruire Pourquoi certams guerriers sont nommés coaquérants.
Et d'autres fondateurs d'empire;
Ces deux noms sont-ils diU'érents? »
Le père méditait une réponse sage, Lorsque son fils cadet, transporté de {»laisir, Après tant de travail, d'avoir pu parvenir
A placer s(jii second cta^e , S'écrie : a II est lini ! » Son frère murmurant Se fâche , et d'un seul coup détruit sou long ouvrage*;
1. Voilà un tableau plein de grâce et qui esl une excellente exposition.
•2. Rollin, rectpur de l'ancienne Uni vorsitiS, auteur de Vfhsloire ancienne et des premiers volumes de ['Histoire romaine , qui a été continuée par Crtvier.