XIV DK LA FABLE
premier chez les Grecs , car je suis persuadé quil n'a jamais existé.
— Quoi 1 répliquai -je, cet Ésope dont nousavons les ouvrages, dont j'ai lu la vie dans Moziriac, dans La Fontaine, dans tant d'autres, ce Phrygien si fameux par sa laideur, par son esprit, par sa sagesse, n'aurait été qu'un personnage imaginaire? Quelles preuves en avez-vous ? Et qui donc, à votre avis, est l'inventeur de l'apologue ?
— Vous pressez un pou les questions, repritr-il avec douceur, et vous allez m'engager dans une discussion scientifique à laquelle je ne suis guère propre , car on ne peut être moins savant que moi. Pour ce qui regarde Ésope, je vous renvoie à une dissertation fort bien faite, de feu M. Boulanger, sur les incertitudes qui con^ cernent les premiers écrivains de l antiquité. Vous y verrez que cet Ésope , si renommé par ses apologues , et que les historiens ont placé dans le vi* siècle avant notre ère, se trouve à la fais le contemporain du Crésus roi de Lydie, d'un Nectanébo roi d'Egypte, qui vivait cent quatre-vingts ans après Crésus, et de la courtisane Rhodope, qui passe pour avoir élevé une de ces fameuses pyramides bâties au moins dix-huit cents ans avant Crésus. Voilà déjà d'assez grands anachronismes pour rejeter comme fabuleuses toutes les vies d'Ésope.
«Quant à ses ouvrages, les Orientaux les réclament, 6^. les attribuent à Lokman , fabuliste célèbre en Asie depuis des milliers d'années, surnommé le Sage par tout rOrient , et qui passe pour avoir été, comme Ésope, esclave, laid et contrefait.