LIVRE m, FABLK XI
A celui qui prend soin de toute !a nature'. » Cela dit, le dervis, couché tout de son long,
Se met à bayer aux corneilles, De la création admire les merveilles ,
De l'univers l'ordre profond.
Le soir vint; notre solitaire Eut un peu d'appétit en faisant sa prière : t Ce-n'esl rien , disait-ii ; mon souper va venir. » Le souper ne vient point, a Allons , il faut dormir; Ce sera pour demain. » Le lendemain, l'aurore
Paraît , et point de déjeuner.
Ceci commence à l'étonner;
Cependant il persiste encore, Et croit à chaque mstant voir venir son dîner. Personne n'arrivait; la journée est finie, Et le dervis à jeun voyait d'un œil d'envie
Ce faucon qui venait toujours
Nourrir sa pupille chérie.
Tout à coup il l'entend lui tenir ce discours :
< Tant que vous n'avez pu , ma mie.
Pourvoir vous-même à vos besoins ,
De vous j'ai pris de tendres soins ;
A présent que vous voilà grande , Je ne reviendrai plus. Alla nous recommande
Los faibles et les malheureux ;
Mais être faible , ou pare.sseux ,
C'est une grande difTérence.
Nous ne recevons l'existence Qu'afin de travailler pour nous ou pour autrui. De ce devoir sacré quiconque se dispense
Est puni de la Providence,
Par le besoin ou par l'ennui. »
Le faucon dit et part. Touché de ce langage , Le dervis converti reconnaît son erreur;
1 Kacine a dit en parlanl de Dieu :
Aux petits des oiseaux il donne leur pâture, Et sa bonté s'étend sur toute la nature.
72 LIVRE m, FABLE XI.
Et , gagnant le premier village , Se faitvalet de laboureur.