Horace a dit
Quidquid délirant reges,pleclunlur Achiii.
El La Fontaine après Hoiace .-
De tout temps, Les petits ont pâti des sottises des grand.-.
XllI. L'Hermine, le Castor et le Sanglier.
Une hermine , un castor, un jeune sanglier, Cadets de leur famille, et partant • sans fortune ,
Dans l'espoir d'en acquérir une.
Quittèrent leur forêt , leur étang, leur hailier*. Après un long voyage , après mainte aventure ,
Ils arrivent dans un pays
Où s'offrent à leurs yeux ravis
Tous les trésors de la nature.
Des prés, des eaux, des bois, des vergers pleins de fruits. Nos pèlerins , voyant cette terre chérie ,
Éprouvent les mêmes transports Qu'Énee et ses Troyens en découvrant les bords
Du royaume de Lavinie*.
Mais ce riche pays était de toutes parts
Entouré a un marais de bourbe ,
1. Partant, par conséquent. Autrefois le droit d'atuesse rédoisait sGOTent à rien la pan des cadets.
2. L'hermine habit ■ les forêts, le castor tes étangs, et le sanglier fait sa bauge ou son repaire dans les halliers.
3. Lavinie, fille du rm I.atinus et d'Amaie, devint la fcoinie d'Ënée, qui fonda, en son honneur, Lavinium.
J.lYllE III, FABLE XIII.
OÙ des serpents et des lézards
Se joimit l'offroyablo tourbe.
Il fallait le passer, et nos trois voyageurs S'arrêtent sur le bord, étonnés et rêveurs- L'hermine la première avance un peu la patte;
Elle la relire aussitôt;
En arrière elle fait un saut, En disant : a Mes amis, fuyons en toute hâte ' ; Ce lieu, tout beau qu'il est, ne peut nousconvenij : Pour arriver là-bas il faudrait se salir;
Et moi je suis si délicate,
Qu'une tache me fait mourir.
— Ma sœur, dit le castor, un peu de patience; On peut, sans se tacher, quehjuefois réussir; 11 faut alors du temi)S et de riulclligence : Nous avons tout cela. Pour moi, qui suis maçon, 3e vais en quinze jours vous bâtir un beau pont, Sur lequel nous jjourrons, sans craindre los morsures De ces vilains serpents, sans tiâler nos fourrures, Arriver au milieu de ce charmant vallon.
— Quinze jours 1 ce terme est i)ien long , Répond le sanglier : moi, j'y serai plus vite; Vous allez voii comment. » En prononçant ces mots,
Le voilà qui se précipite Au plus fort du bouri)ier, s'y plonge jusqu'au dos, A travers les serpents, les lézards, les crapauds, Marche, pousse à son but, arrive plein de boue;
Et là , tandis qu'il se secoue, jetant à ses amis un regard de dédain : « Apprenez, leur dil-il, comme on fait son chemin. •