XIV. La Balance de Minos
Minos'j ne pouvant plus sufiQre Au fatigant métier d'entendre et déjuger Chaque ombre descendue au ténébreux empire,
Imagina , pour abréger,
De faire faire une balance Où dans l'un des bassins il mettait à la fois Cinq ou six morts, dans Vautre un certain poids
Qui déterminait la sentence.
Si le poids s'élevait, alors plus à loisir
Minos examinait l'affaire;
Si Ifc pfoids baissait , au contraire ,
Sans scrupule il faisait punir.
La méthode était sûre, expéditive et claire; iJinos s'en trouvait bien. Un jour, en même temps ,
Au bord du Styx la mort rassemble Deux rois , un grand ministre , un héros , trois savants.
Minos les fait peser ensemble :
Le poids s'élève ; il en met deux , Et puis trois ; c'est en vain ; quatre ne font pas mieux. Minos , un peu surpris, ôte de la balance Ces inutiles poids , chercLe un autre moyen; El , près de la voyant un pauvre homme de bien Qui dans un coin obscur attendait en silence,
11 le met seul alors en contre-poids : Les six ombres alors s'élèvent à la fois *.
1. Minos, roi et légiaiaieur de la Cr^le, devint, après sa mort, Jagedes enfers.
2. Bel éluge de la probité 1 On voit ce qu'elle pèae dans la balanoc de Justice.
7o LIVRE m, FABLE XV.