XV. Le Renard qvi prêche
Un vieux renard cassé , goutteux , apoplectique,
Mais instruit , éloquent, disert,
Et sachant tros-bion sa logique ,
Se mit à prèciier au doscrl.
Son style était fleuri , sa morale excellente. Il prouvait en trois points que la simplicité ,
Les bonnes mœurs , la probité , Donnent à peu de frais celle félicité
Qu'un monde imposteur nous présente , El nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n'avait aucun succès; Personne ne venait, hors cinq ou six marmottes,
Ou bien quelipies biches dévoles Qui vivaient loin du bruit, sansenlour, sans faveur, Et ne pouvaient pas mellrc en crédit l'orateur. Il prit le bon parti de changer de matière , Préclia contre les ours, les tigres, les lions,
Contre leurs appétits gloutons,
Leur soif, leur rage sanguinaire.
Tout le monde accourut alors à ses sermons ; Cerfs, gazelles, chevreuils, y trouvaient mille charmes; L'auditoire sortait toujours baigné de larmes , El le nom du renard devint bientôt fameux.
Un lion , roi de la contrée , Bon honmie au demeurant, et vieillard fort pieux ,
De l'enlendie fui curieux.
Le renard fui charme de faire son entrée A la cour: il arrive, il prêche, et, celle fois. Se surpassant lui-même, il tonne, il épouvante
Les féroces tyrans des bois , Peint la faible innocence à leur aspect tremblante, Implorant chaque jour la justice trop lente
Du maître et du juge des rois.
LIYKE m, FABLE XV. -~
Les courtisans, surpris de tant de hardiesse
Se rogardaionl sans dire rien;
Car le roi trouvait cela bien.
La nouveauté parfois fait aimer la rudesse. Au sortir du sermon, le monarque enchanté Fit venir le renard : « Vous avez su me plaire , Lui dit-il ; vous m'avez montré la vérité :
Je vous dois un juste salaire; Que me demandez-vous pour prix de vos leçons? » Le renard répondit : « Sire , quelques dindons '. »
t. Le Renard se trahit, et perd dès lors son autorité, car le premier devoir d'un niorulisle est de pratiquer ce qu'il enseigna.