XVI. Le Paon, les deux Oisons et le Plongeon
Un paon faisait la roue, et les autres oiseaux
Admiraient son brillant plumage. .
Deux oisons nasillards du fond d'un marécage
Ne remarquaient que ses défauts :
« Regarde, disait l'un , comme sa jambe est faite,
Comme ses pieds sont plats, Jfiideux!
— Et son cri, disait l'autre, est si mélodieux,
Qu'il fait fuir jusqu'à la chouette 1 » Chacun riait alors du mal qu'il avait dit.
Tout à coup un plongeon sortit :
« Messieurs , leur cria-t-il , vous voyez d'une lieue Ce qui manque à ce paon : c'est bien voir, j'en conviens ; Mais votre chant , vos pieds, son t plus laids que les siens ,
Et vous n'aurezjamais sa queue'. »
I. Ce mot peut s'appliquer à la plupart des détracteurs, qui, sans aucun mérite personnel , se plaiseut à faire remarquer les défauts des hommes supérieurs.
78 LIVRE 111, FABLE XVIT.
XVU. Le Hibou, le Chat, l'Oison rt le Rat.
De jeunes écoliers avaient pris dans un trou
Un hibou, Et l'avaient élevé dans la cour du collège.
Un vieux chat , un jeune oison , Nourris par le portier, étaient en liaison Avec l'oiseau ; tous trois aviiient le privilège D'aller et de venir nar toute la maison.
A force d'être uans la classe ,
Ils avaient orné leur esprit .
Savaient par cœur Denysdilalii amasse' Et tout ce qu'Hérodote et Tite Live ont dit*. Un soir, en disputant (des docteurs c'est l'usage), Ils comparaient entre euxlespeii[)les anciens, t Ma foi , disait le chat, c'est aux égyptiens Que je donne le prix : c'était un peuple sage , Un peuple ami des lois , instruit , discret , pieux ,
Rempli de respect pour ses dieux; Cela seul à mon gré lui donne l'avantage,
— J'aime mieux les Athéniens, Répondit le hibou : que d'esprit! que de grâce 1
Et dans les combats quelle audace !
Que d'aimables héros parmi les citoyens 1 A-t-on jamais [ilus fait avec moins de moyens?
Des nations c'est la première.
— Parbleu ! dit l'oison en colère, Messieurs, je vous trouve plaisants :
Et les Romains , que vous en semble ? Est-il un peuple qui rassemble
Plus de grandeur, de gloire et de faits éclatants ? Dans les arts , comme dans la guerre ,