‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 132 sur 319 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

Want que le soleil ait éclairé nos plaines^

Je fais retentir les échos ; Je fatigue lés bois, les prés et les fontaines.

Du triste récit de mes maux :

Mais les écliosj les bois^ les prés et les ruisseaux {

Me peuvent soulager mes peines.

Sur les gazons fleuris, à l'ombrage des chênes,

Je ne trouve plus de repo^.

Je gémis; le ramier joint ses plaintes aux miennes,

Mes larmes troublent les ruisseaux :

Mais les ruisseaux, les prés, les bois et les échos,

5e peuvent soulager mes peines '.

Telles étaient les plaintes d*Ëlicio , berger des rives du Tagc. La nature l'avait comblé de ses dons ; mftis la fortune et l'amour ne l'avaient pas traité comme la tiatUre. Depuis longtemps il aimait Galatée, sans pouvoir encore se flatter d'en être aimé. Galatée était une simple bergère du tnéme village qu'Élicio ; mais elle eût été la reine du monde, si le monde s'était donné à la plus belle et à la plus sage.

C'est de Galatée et d'Ëlicio que je vais raconter les aventures : j'y joindrai celles de plusieurs amants que l'ampur voulut éprouver ; je décrirai les mœurs du village. Vous qui n'êtes heureux qu'aux champs ; vous, âmes sensibles pour qui l'aspect d'une campagne riante, le bruit d'une source d'eau vive, sont des plaisirs presque aussi touchants que celui de faire une bonne action, puissiez-vous trouver quelque douceur à me lire !

De tous les bergers qui aimèrent Galatée, Élicio fut le plus tendre

' Y assi an pequegî&o alivio al dolor mio No hallo en monte, en llano, en prado, en rio.

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et le moins hardi. Son respect p*était pas la seule raison de sa tiasidite : Mœris , père deGalatée , était le plas riche laboureur du canton; Ëlicio n*ayai t pour tout bien qu'une cabane et quelques chèvres.

Érastre, son rival, était moins pauvre, sans être plus heureux. Êrastre, jusqu*aiors le plus insensible des pâtres, n'avait pu résister aux charmes de Galatoe ; mais il ne se flattait pas de lui plaire : trop simple pour être aimable, il savait mieux sentir que s'exprimer; la nalure, en le formant, s'était contentée de lui donner un bon cœur.

Un jour qu'Ëlido, dans un vallon solitaire, songeait à ce qu'il aimait, il vit venir Érastre , précédé de son troupeau, dont il laissait la conduite à ses chiens. Ces bons animaux semblaient deviner que leur maître était trop amoureux pour s'occuper de ses brebis ; ils tournaient autour d'elles, pressaient les paresseuses, ramenaient celles qui s'écartaient, et faisaient à la fois leur devoir et celui du berger.

Dès qu'Érastre fut près d'Élicio : J'espère, lui dit* il, que vous n'êtes pas fâché de ce que j'aime Galatée ; vous savez qu'il esl impossible de ne pas Taimer. Oui^ je consens que mes agneaux, au moment où je les sévrerai , ne trouvent dans les prairies que des herbes venimeuses, s*il n'est pas vrai que mille fois j'ai teoté d'oublier mon amour. J'ai consulté tous les médecins du pays, aucun n'a pu me guérir ; et je viens vous demander la permission de mourir avec mon mal. Vous ne risquez rien en me l'accordant , puisque vous, qui êtes le plus aimable des bergers, vous ne poo* vez attendrir Galatée : que craignez-vous d'un pâtre comme moi?

Élicio sourit à ce discours : Mon ami, lui dit-il, je n'ai pas le droit d'être jaloux ; tes chagrins sont les miens, ils doivent nous rendre chers l'un à l'autre. Dès ce moment ne nous quittons pkts; nous parlerons de Galatée, et l'amitié soulagera sans doute les peines que nous cause l'amour.

Les deux rivaux, devenus amis, allaient accorder leurs musettes^ quand Galatée, avec son troupeau, parut sur la colline. Un simple corset, un jupon d'étoffe commune , composaient toute sa parure ; sa taille seule rendait cet habit charmant : ses longs cheveux blonds jQottaient sur ses épaules; un chapeau de paille garantissait son visage de Tardeur du soleil. Simple comme la fleur des champs , elle était belle, et elle ne le savait pas.

Élicio s'avance pour lui parler ; mais les chiens de Galatée, qui

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laissaient approcher personne du troupeau, courent en grondant sur le berger. A peine Tont-ils reconnu, que, honteux de leur méprise, ils baissent le cou, le flattent de leurs queues, et vont cacher leurs tètes sous ses mains caressantes. Le bélier conducteur, qu'Ëlicio avait souvent nourri de son pain, Faperçoit et vient à lui, iâ tète haute, en agitant sa sonnette; toutes les brebis le suivent. Elicio leur ouvre sa panetière; il distribue aux chiens et au troupeau tout ce qu^elle contenait; des larmes de joie coulent de ses yeux : et la bergère, embarrassée de voir ses moutons reconnaître si bien son amant, se hâte d'arriver au bélier, le frappe de sa houlette en rougissant, et le force de s'éloigner d*Êlicio.

Le l>erger lui reproche ce mouvement de colère : Pourquoi, ditil, punir vos brebis, quand c'est moi que vous voulez punir? Ces pÂ^ Curages sont les meilleurs du canton ; vous pouvez, en me fuyant, laisser ici vos agneaux ; j'oublierai mes chèvres pour en avoir soin. Si celte faveur vous semble trop grande , choisissez Tendroit où vous voulez passer la journée ; je m'en éloignerai pour qu'il vous soit plus agréable. Élicio, répondit Galatée, ce n'est pas pour vous fuir que je détourne mes moutons ; je les mène au ruisseau des Palmiers, où je dois trouver ma chère Florise. Je suis reconnaissante de vos offres; je vous le prouve en dissipant vos soupçons. Elle parlait encore, et continuait son chemin ; Érastre lui cria de loin : Puisses-tu devenir amoureuse de quelqu'un qui te traite comme tu nous traites ! Puisses-tu.... Il en aurait dit davantage , si Galatée, en s'éloignant toujours, ne s'était mise à chanter. L'amant le plus en colère aime encore mieux écouter sa maîtresse que de lui dire des injures. Ërastre se tut; Galatée chanta ces paroles:

Les soins de mon troupeau m'occupent tout entière ; Ces! de mes seuls agneaux que dépend mon bonheur : Quand j^ai trouvé pour eut une fontaine claire. S'ils sont contents, rien ne manque à mon cœur.

Je dors toute la nuit : quand raul>e va paraître, Sans crainte et sans désir je vois venir le jour ; Ce doux repos m'est cher : je ne veux point connaître Ce vieux enlant que l'on appelle Amour.

Que les loups et l'Amour soient loin de ma retraite t Trop heureuses brebis» un chien sûr vous défend ;

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