‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 133 sur 319 · GÀLATÉB · texte numérisé non relu

GÀLATÉB

Pour me défendre, hélas ! je n'ai qu'one houlette ; Mais c*est assez pour combattre un enfant.

En achevant sa chanson, Galatée était arrivée au ruisseau de« Palmiers. Fforise ^attendait, Florise, sa meiileore amie, la confidente de ses plus secrètes pensées. Elle» s'assirent au bord de Teau , et s'amusaient à cueillir des fleurs, lorsqu'elles aperçurent une bergère qui leur était inconnue. Cette étrangère , jeune et belle, paraissait accablée d'un chagrin profond. De temps en iemps^ eUe s'arrêtait, soupicait, et regardait le ciel avec des yeux mouillés de larmes. Trop occupée de ses malheurs pour apercevoir Galatée , elle s*approcha du ruisseau, prit de l'eau dans sa main, et lava ses yeux, fatigués de pleurer. Hélas ! dit-elle, il n'y a point d'eau qui puisse éteindre le feu dont je suis consumée.

Galatée et Florise coururent vers l'étrangère : Si le ciel , lui di<« rent-elles , est aussi touché de vos pleurs que nous le sommes» bientôt vous n^aurez plus sujet d'en répandre. Nous plaignons vos malheurs sans les connaître : souvent on les soulage en les racous tant ; mais nous n'osons vous demander un récit qui peut co(!iter à votre cœur. Ce récit, répondît l'inconnue, me privera peutrètre de l'amitié que vous semblez me promettre. Quand vous saurez que Tamour a causé mes maux, puis-je eispérer que vous les plaindrez encore ? Les bergères , après l'avoir rassurée, la conduisirent dans un bosquet écarté ; elles s'assirent à l'ombre , et l'étrangère com? mçnça sou (listoire.

Mon village est sur les rives de FHénarès, célèbre pap la fraiebeor de son onde : mon père est laboureur ; les travaux champêtres occu« paient seuls ma vie : tous les matins, je menais paitre mes brebis. Senle ^u milieu des bois, la solitude ne m'ennuyait point : j^écoutais les oiseaux, je chantais avec eux, je cueillais la rose vermeille, le lis sansL tache, l'œiHet bigarré ; un bouquet rendait heureuse ma journée ; je n'aimais rien que mes agneaux )^ je ne cl^erçhai^ dans la campagne que des fleurs et de l'ombre.

Combien de fois me suis-je moquée des larmes et des soupirs de quelques bergères qui me contiaient leurs amours ! Je me sou* viens qu'un jour la jeune Lidie vint se jeter à mon cou, et me b^^igna ((e ses pleurs. Alarmée de son désespçir, j'essuie ses.yeu^

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en Tembrassant; je lui demande avec tendresse quel affreux malheur lui coûte tant de larmes. Ton père est^il mort? m*écriai-je ; as-tu perdu ton troupeau ? Ah ! ma chère Téolinde, me réponditelle , rien ne peut me consoler Il est parti il est parti...»

et ce matin j*ai tu la bergère Léocadie avec le ruban couleur de rose que j'avais donné l'autre jour à cet ingrat. Je vous avoue, aimables bergères, que je ne pus m'empéoher de rire à ce récit, entrecoupé de sanglots. Lidie en fut offensée : elle me regarda , baissa la tête, et s'éloigna de moi. Je voulus la retenir. Téolinde , me dit-elle, puissiez-vous connaiti'e un jour le mal que je souffre, et trouver dans vos confidentes la pitié que je trouve en vous ! Tel fut son souhait : peut-être est-ce vous, bergères, qui raccom" plirez aujourd'hui.

J'étais libre et heureuse ; je no le fus pas longtemps. Un jour , c'était la veille de la fête du village , j'étais allée avec phisieurs bergères chercher des rameaux et des fleurs pour en orner notre temple : nous trouvâmes sur le chemin une troupe de bergers assis à l'ombre des myrtes ; tous étaient nos amis ou nos parents : ils vinrent au-devant de nous. Six d'entre eux s'offrirent pour aller chercher les rameaux dout nous avions besoin : nous acceptâmes leur offre, et nous demeurâmes avec le reste de leurs compagnons.

Parmi ces jeunes gens était un étranger que je voyais pour la première fois. A peine je Teus regardé , que je sentis courir dans mes veines un feu qui m'était inconnu : je me doutais pourtant de ce que c'était. Lidie était là ; je pensai tomber aux genoux de Lidie , et lui demander pardon de ne pas avoir plaint dans elle le mal que je sentais déjà.

Il était aisé de lire sur mon visage ce qui se passait dans mon âme; mais tout le monde était occupé de l'étranger. On lui demandait d'achever une chanson que notre arrivée avait interrompue : il la reprit, et je tremblai qu'elle ne parlât d'amour. S'il est amoureux, me disais-je, il ne doit songer qu'à l'amour. Heureusement il ne chanta que les plaisirs de la vie pastorale, et les moyens de conserver les troupeaux : il ne dit rien de ce qui fait mourir les bergères.

A peiné avait-il achevé, que nous vîmes revenir ceux qui étaient ailes nous couper des rameaux. Ils en étaient si chargés, que,

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