‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 137 sur 319 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Nous nous plaignons toujours des maux sans nombre de cett« courte vie ; et c'est de nous-mêmes que viennent presque tous ces maux. La soif de l'or, voilà le principe des crimes et des malheurs. Le Créateur du monde l'avait prévu : il cacha ce funeste métal dans les entrailles de la terre ; et, non content de combler le précipice , il le couvrit de fleurs , de fruits, de tout ce qui devait suffire à l'homme pour ses besoins et ses plaisirs. L'insatiable avarice n'eut pas assez de tant de bienfaits ; elle pénétra dans ces abîmes à force de travaux et de périls ; elle arracha l'or aux enfers, et découvrit aux humains la source de tous les vices. Hélas î qui a le plus souffert de cette fatale découverte? Tamour. Un cœur sensible ne suffit plus pour avoir le droit d'aimer : si l'on veut obtenir celle que l'on rendrait heureuse, il faut des preuves de richesse, et non des preuves de constance. L'amant sans fortune peut être aimable, mais ne peut être heureux : plus il est fidèle, plus il est à plaindre : les tourments et le désespoir sont le partage de sa vie. Que Idul-il donc faire quand on est pauvre et sensible ? Ne pas aimer? Ah! c'est encore pis.

24% GALATÉB.

Ëlicio n'avait pas foit toaU» ces réflexions quand il s*était ai* taché à Galatée , ou peat-étre les avail-il faites : car de quoi ser- ▼ent les réflexions en amonr? On prévoit les chagrins, on s'y expose; ils arrivent, et sont aussi douloureux que 8*ils étaient inattendus.

Érastre , Tyrcis et Damon furent surpris à leur réveil de ne pas trcMver Ëlicio. Le soleil avait déjà (ait près de la moitié de son coors : inquiets de ne pas le voir de retour, ils allèrent le chercher an village. Gomme ils traversaient le petit bois de myrtes, ils entendirent la voix de leur ami. Attentifs et curieux, ils s'arrêtent pour écouter. Élido chantait ces paroles :

Taimais une jeune bergère.

Mon amour faisait mon bonheur : Je croyais posséder le coeur De celle qui m'était si chère.

Hâas! pour un autre amant Elle trahit mon espérance; fit j'aiioe mieux pleurer son inconstaiioê Que d'être heureux en ToubliaDt

J'étais encore enfant comme elle Quand l'amour fit naître mes feux ; Mon cœur, pour on être amoureux, R'atlendit pas qu'elle fût belle Hélas! pour un autre amant Elle trahit mon espéranee ; Et j'aime mieux pleurer son inconstance Que d'être heureux en l'oubliant

Les bei^rs , alarmés par ces tendres plaintes , coururent vers Ëlicio : ils le trouvèrent assis au pied d'qn hêtre , le visage baigné de larmes. A peine il les aperçut, que, se levant précipitamment, il vint se jeter au cou d'Êrastre. Mon ami , lui dit-il , nous allons perdre Galatée; elle nous quitte pour jamais. Ecoutez, ajouta-t-il en regardant Tyrcis et Damon, le funeste secret que Mœris m'a confié ce matin ; je vais vous rapporter ses propres

paroles.

Ëlicio, m'a-t-il dit, je dois reconnaître l'attachement que tu m'astoujours marqué, en t'instruisant le premier du mariage de ma fille. Je l'ai conclu hier : elle épouse un riche Portugais dont

les immenses troupeaux couvrent les bords du Lima. Quatre bergers envoyés par ce futur époux viennent d*arriver chez moi , et partiront demain avec Galatée. Je sais que tu t'intéresses à ma fille comme si tu étais son frète, et je t'ai choisi, mon cherÉli* ciOy pour te prier de l'accompagner en Portugal, d'être présent à •es noces , et de venir me rapporter des nouvelles certaines de ton bonheur.

Malgré le trouble où m'& mis ce discours, j'ai recouvré ma voix pour y répondre. Gomment, loi ai-je dit, vous avez pu consentir à vous séparer de votre fille ! vous avez pu la condamner à ▼ivre loin de^on père et de sa patrie ! Êtes- vous certain de ne pas faire son malheur en l'exilant dans un pays étranger ? Pensezvous qu'elle ne regrette pas... ? J'ai sondé le cœur de ma tille, in* terrompit Mœris ; je l'ai instruite de mes résolutions : elle m'a répondu, avec sa douceur ordinaire, qu'elle serait toujours prèle à m'obéir. J'ai même démêlé sur son visage uuo légère émotion , marque certaine de cette joie qu'éprouve la fille la plus sage en apprenant qu'elle va se marier. Ne sois donc pas inquiet de son bonheur, et va te préparer au voyage que j'attends de ton amitié. Voilà, mes amis, ce que m'a dit Mœris; voilà Tévénement que je craignais plus que la mort.

Tyrcis, Damon, et surtout Érastre, s'affligèrent avecÉlicio. Mais, lui dit Damon , puisque Mœris vous estime et vous aime, pourquoi n'avez- vous pas tenté de lui faire Taveu de votre amour? Vous ne le connaissez pas comme moi , lui répondit Élicio ; il a déclaré qu'il voulait que son gendre eût autant de bieaque sa tille. Si j'avais osé parler, il aurait cru que j'aimais sa fortune, et son amitié pour moi se serait changée en mépris. Mœris est trop riche pour n'être pas défiant ; je suis trop pauvre pour être hardi.

Mon ami , lui dit Tyrcis, ne perdez pas toute espérance : allons trouver Galatée , allons savoir d'elle-même s'il est vrai qu'elle consent à épouser ce Portugais ; et si , comme je le crois , il loi en coûte pour obéir à son père, nous tâcherons de rompre ce funeste mariage. L'amour et l'amitié nous inspireront : seuls ils ont fait des miracles, que ne feront -ils point réunis?

Élicio suivit le conseil de Tyrcis. Les quatre bergers prirent le chemin de la fontaine des Ardoises , où Galatée se reposait souvent. Us espéraient l'y trouver; leur attente ne fut pas trompée.

34S GÂLATBB.

La bergère était assise au bord de Teau, el plongée dans une si profonde réveiie, qu'elle n'aperçut point les bergers. Ses yeux bumldes regardaient la fontaine : son front était appuyé sur une de ses mains , et de l'autre elle caressait le cbien d'Élicio , ce cbien qui, depuis si longtemps, était plus souvent avec elle qu'avec son maître. Le fidèle animal , coucbéaux pieds de Galatée, avait la tète appuyée sur les genoux de la bergère , les yeux fixés sur les siens ; et son air inquiet et reconnaissant semblait lui demander pourquoi ce jour-là il était caressé plus qu'à l'ordinaire. Ëlicio fit arrêter ses compagnons pour jouir de ce spectacle : une douce satisfaction remplaçait déjà la douleur peinte sur son visage. Galatée, qui se croyait seule avec le chien , se mit à chanter ces paroles :

O toi qui suis toujours mes pas, Toi le compagnon de ma vie, Tu vas perdre ta bonne amie ; Elle quitte ces beaux climats.

Une obéissance cruelle M'arrache à ces prés, à ces bois.

Où j'entendis souvent la voix D'un amant comme toi fidèle.

Aimable chien, viens avec moi ; Toujours seule avec ma pensée, De ma félicité passée 11 ne me restera que toi.

Quitte ton maître pour me suivre, Tu reviendras au premier jour :

11 apprendra par ton retour Que loin de lui je n'ai pu vivre.

Les larmes que* versait Galatée ne lui permirent pas de poa^ suivre. Ëlicio pleurait aussi , mais c'était de joie. Il n'est plus maître de son transport; il court vers la bergère , tombe à genoux devant elle, et saisit une de ses mains, qu'il presse contre ses lè* vres. Galatée, surprise , fait de vains efforts pour la retirer : elle s'aperçoit que d'autres bergers la regardent, elle veut se fâcher, ^llc ne le peut pas; elle veut fuir, le chien l'en empêche; il tourne autour d'elle en sautant; il les caresse tous deux à la fois; on di«

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mit qu'il joait du bonheur qu'il vient de procurer à son mattre.

Tyrcis , Damon , Érastre même , étaient attendris , et n*osaient approcher des deux amants. Gaialée les appelle, fait relever Élicio : et s'efforcant de dérober ses larmes, Je ne prétends plus, leur dit-elle, cacher un secret que mon imprudence a trahi. Oui, je regrette ma patrie ; j'y laisse peut-être mon cœur; mais je n'en suis que plus résolue à obéir à mon père : ce devoir sacré l'em» portera sur tout. Je vous conjure de ne pas redoubler par vos plaintes une douleur qui serait inutile , et surtout de ne pas troubler une solitude devenue nécessaire après un tel aveu. A ces mots, eHc s'éloigne , laissant les quatre bergers interdits. Le chion d'Élicio fut le seul qui osa la suivre : elle s'en aperçut , et voulut l'en empêcher en le menaçant de sa houlette ; mais le chien s'offrit à ses coups , et la pauvre Galatée ne put jamais venir à bout ni de le battre ni de ie chasser.

Les quatre amis, restés ensemble, tinrent conseil sur les moyens de rompre ce fatal mariage. Tyrcis était d'avis de rassembler les bergers de la contrée, et de venir tous ensemble supplier Mœris de ne pas leur enlever le trésor dont ils étaient si fiers. Damon voulait aHer en Portugal menacer le futur époux, et l'ef* frayer de manière qu'il renonçât lui-même à Galatée. Éiicio inclinait vers ce parti. Érastre, la main sur ses yeux , ne disait rien , et pleurait : Non , mes amis , s'écria-t-il en essuyant ses larmes , tous ces moyens ne serviront qu'à irriter Mœris. J'ai uu projet qui rendra tout le monde heureux , excepté moi ; c'est à celui-là que je m'arrête , et de ce pas je vais l'exécuter. En disant ces paroles , il . embrasse Êlicio , et s'éloigne.

Les bergers , qui comptaient peu sur l'invention d'un homme aussi simple qu'Érastre , se proposèrent d'aller consulter l'ermite Fabian. Déjà ils étaient en chemin , lorsqu'ils rencontrèrent un cavalier superbement habillé , monté sur un magnifique cheval , et suivi de deux dames sur des haquenées. Une troupe nombreuse de valets prouvait que c'étaient des personnes de distinction. Les bergers les saluèrent en passant; et l'inconnu, leur rendant le salut , arrêta Élicio : Voudriez-vous bien , lui dit-il , nous indiquer dans ces forêts un lieu commode pour y passer quelques heures? Les dames que vous voyez sont fatiguées de la chaleur et de 1» route, et voudraient se reposer ici. Éiicio, qui s'oubliait toujours

2JiO OALATBE.

pour penser aax autres, les conduisit à la fontaine des Ardoises , qui n'était qu'à deux pas. Dès qu'ils y furent arrivés, leurs valets dressèrent une table qui fut bientôt couverte de rafraîchissements. Les deux dames, assises sur l'herbe, levèrent leurs voiles, et surprirent Tyrcis et Damon par l'éclat de leur beauté. L'aince de ces deux inconnues l'emportait encore sur la plus jeune ; mais peut-être ne devait-elle cet avantage qu'à la profonde tristesse qui semblait obscurcir les attraits de sa cadette.

Ëlicio pressait ses compagnons de reprendre le chemin de l'ermitage; le cavalier les retint. Laissez -moi jouir , leur dit «il, du bonheur de vous avoir rencontrés ; je voudrais ne vivre qu'aveo des bergers. Quelle différence de votre heureux sort à celui des habitants des villes! La nature vous donne pour rien tons les ^îsirs dont nous achetons l'image; l'oisiveté avance nos jours; le travail prolonge les vôtres ; l'ennui , le mensonge , la gène ; voilà notro vie : la joie, la franchise, la liberté, voilà la vôtre. Ah! dès demain je me fais berger, si Nisida veut devenir ber* gère.

Au nom de Nisida , £licio regarde les deux dames avec un air de surprise et d'intérêt qui fut remarqué du cavalier. Pardonnez, lui dit Ëlicio , si le nom de Nisida me fait une impression si vive ; il n'y a pas l<yigtemps qu'un de nos amis versait bien des larmes en nous parlant de Nisida. Avez-vous, reprit l'inconnue, quelque bergère qui s'appelle ainsi? -ip* Non. Celle dont il était question n'est pas bergère : elle n'est pas même de ces contrées; Naples est sa patrie. — Naples !... Eh! comment savez- vous?... — Je vous l'expliquerai : dites«moi d'abord si vous ne vous appelez pas Timbrio, et si cette jeune personne n'est pas Blanche, sœur cadette de Nisida. — Vous avez dit leurs noms. — Ah ! Fabian p quel heureux jour pour toi ! — Vous connaissez Fabian? — Est-il ici ? s'écria Blanche : et sa pâleur fut à l'instant effacée par le plus vif incarnat.

Oui, lui dit Ëlicio, il est ici; et le chagrin de vous avoir perdue allait terminer une vie qu'il a consacrée à la pénitence; Fabian est ermite , son ermitage n'est pas loin. Gourons Fembrasser, s'écria Timbrio. Blanche était det)out, et marchait déjà sans savoir le chemin qu*il fallait prendre. Nisida s'appuie sur le bras de son amant; et Tyrcis, Damon et Ëlicio les guident vers l'ermitage.

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Il était presque nuit qoand ils arrivèrent au pied de k colline. Timbrio > Nisida , et surtout la j«une Blanche , montèrent le sentier sans reprendre baleine. Parvenus à la porte de rcrmitage , ils la trouvent ouverte ; ils regardent, ne voient personne dans la cellule. Inquiets de ne pas trouver l'ermite, ils allaient rappeler, et parcourir la montagne. Le prudent Tyrcis les arrête : Fabian , leur ditMl , est sûrement près d*ici ; mais ce malheureux ami , qui n'espère plus vous voir, qui vous pleure sans cesse, va mourir de sa joie , si vous vous offres tout d'un coup à lui. Ménagez-le , contenez vos transports , et trouvons un moyen de préparer son âme à un plaisir qu'elle ne soutiendrait pas. Tout le monde approuve Tavis de Tyrcis : on décide qu'il faut envoyer les bergers au-devant de Fabian , pour lui annoncer avec précaution les tendres amis qu'il va revoir.

Pendant que Ton se consultait , Blanche considérait, à la clarté de la lune, l'intérieur de la cellule. Une natte de jonc, une escabelle , un crucifix de buis , c'étaient tous les meubles de Fabian : Blanche les examine longtemps , puis elle va se mettre à genoux devant le crucifix , et remercie tout bas le ciel de l'avoir conduite dans cet ermitage.

Timbrio et les bergers la regardaient avec attendrissement, lorsque des soupirs et des plaintes leur apprennent que Fabian n'est pas loin. Tout le monde s'approche : on aperçoit l'ermite sons un olivier sauvage, à genoux sur un quartier de roc, les bras tendus vers le ciel. A cette vue , les deu^ sœurs et Timbrio veulent se précipiter dans ses bras; Tyrcis ne peut les retenir : mais Fabian commence sa prière, et tous s'arrêtent pour l'entendre. Nisida et Timbrio* restent les bras tendus : Blanche, respirant à peine , avance sa tête par*dessus leurs épaules, et essuieà chaque instant les pleurs qui l'empêchaient de voir son ami.

O mou Dieu! disait Fabian, Être suprême que je veux aimer uniquement, vous qui remplissez le monde , et qui devez remplir mon cœur, ne vous offensez pas de mes larmes : j'ai tout perdu , je n'ai pas murmuré. 0 mon Dieu , calmez les maux que je souffre ; mais ne m'arrachez |nis entièrement le souvenir de mes malheurs I

Aux premiers mots de Fabian , Blanche pleurait ; elle sangl«tait aux derniers. Tyrcis , craignant qu'elle ne fût entendue, dit

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à.Damon d*aller avec Élicio interrompre Termite , tandis qo^il res* terait avec les deux sœurs et Timbrio» pour les empêcher de se montrer.

Les deux bergers obéirent* Fabian les reçut avec amitié. Vous vous plaignez toujours, lui dit Élicio, et vos malheurs touchent peut-être à leur terme. Vous les connaissez, répondit Termite: jugez s'ils peuvent finir. — Oui , sans doute; Nisida vit encore : elle est, avec sa sœur et Timbrio, occupée de vous chercher par toute TEspagne. Quelqu'un les a rencontrés. — > Que dites vous? Est-il bien sûr que ce soit mon ami, que ce soient les deux sœurs ?. . . Ah! ne vous jouez pas d'un malheureux : vous aviez paru prendre pitié de mes maux , ne venez pas les aigrir en m*abusant d'un faux espoir.

Comme il disait ces paroles , Tyrcis , pour préparer une si tendre reconnaissance , dit à Nisida de chanter de l'endroit où elle était, sans s'offrir encore aux yeux de Termite. Nisida suivit son conseil , et commença ce premier couplet d'une chanson que Fabian avait faite autrefois :

Amitié, reprends ton empire

Sur l'aveugle dieu des amants :

Dans la jeunesse il peut suffire;

Tu rends heureux dans tous les temps.

Il fait naître une vive flamme >

Tu formes un tendre lien :

)l n'est que le plaisir de Tâmc,

£t toi 8Ci4e en es le soutien.

Fabian parlait encore , lorsque la voix de Nisida vînt frapper son oreille. Il s'arrête , il écoute, il reste immobile , les yeux fixés et la bouche ouverte : ensuite, regardant d'un air égaré, sa raison l'abandonne , la terreur se peint sur son visage ; il prend tes deiix bergers pour des fantômes, et les considère avec effroi. Cependant la voix contihue , et vient retentir au fond de son âme : peu à peu sa crainte se dissipe; ses traits, ses yeux reprennent leur douceur : il revient à loi, s'élance comme un trait vers l'en» droit d'où partait la voix : il arrive , regarde , et tombe sans monvement dans les bras de son ami.

- Nisida et Timbrio appellent : les bergers accourent ; on s'empresse, on s'efforce à le ranimer Blanche avait déjà couru chercher

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de i'cau dans la cellule ; elle en jette sur sou visage , elle serre ses mains dans les siennes. L'ermite reprend ses sens ; il ouvre les yeux, il doute encore de son bonheur : Est-ce bien toi? dit-il à Timbrio; est-ce toi que j'ai tant pleuré? — Oui, c'est moi; c'est (on ami) celui qui te doit la vie. Us s*embrassent, ils confondent leurs larmes, ils restent longtemps serrés l'un contre l'autre. Plus de chagrin , lui dit Timbrio , nous sommes tous réunis : voici Nisida , ta bonne amie ; voilà Blanche qui allait mourir, si nous ne t'avions pas trouvé : que te fai^t-il encore? Ahl rien, répond Termite en souriant et pleurant à la fois. Blanche et Nisida lui tendent les bras. Fabian veut parler , mais il fait de vains efforts : il prend les mains des deux sœurs, les joint toutes deux sur sa poitrine , et tombe à genoux on sanglotant.

Cette scène attendrissante dura quelques moments encore. Fabian conduisit ses amis dans sa cellule , et leur fit le détail de tout ce qui lui était arrivé depuis leur séparation. Ce récit fut court. Le prudent Fabian , toujours victime de l'amitié , paria de son amour pour Blanche comme du sentiment qui lavait le plus occupé pendant sa solitude. Blanche , transportée , n'osait rien dire ; mais elle embrassait sa sœur.

L'ermite supplia son ami de lui raconter à son tour ses aventures depuis le moment où , pour aller porter la nouvelle de sa victoire à Nisida , il l'avait laissé sur le champ do bataille. Les bergers se joignirent à Fabian pour demander ce récit : Timbrio ne se fit pas presser.

Après mon combat avec Pransilc , impatiâit de revoir Fabian , j'envoyai mon page à la maison de campagne de Nisida : il en revint tout effrayé, et m'annonça In mort de ma mailresse et la fuite de mon ami. Frappé comme d'un coup de foudre , je partis sur-le-champ pour aller m'informer moi-même de tous mes malheurs. Arrivé à cette maison de campagne , ni mes instances ni mes présents ne purent m'en ouvrir l'entrée; et les discours et les pleurs des domestiques me confirmèrent la mort de Nisida. Je ne vous dirai point ce que je devins dans ce moment ; on ne meurt point de douleur, puisque je n'expirai pas sur l'heure. Malgré mon désespoir, je me souvins qu'il me restait un ami ; et, tout blessé que j'étais, je suivis sa trace jusqu'à Gnêle.

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