‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 138 sur 319 · R.ORIA.N · texte numérisé non relu

R.ORIA.N

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Quand j'arrivai dans cette ville , Fabian venait de s*enibarqucr. Je fus forcé d'attendre le départ d'un navire catalan qui devait retourner dans quelques jours à Barcelone. Le capitaine me reçut sur son bord , et mes larmes redoublèrent en quittant cette Italie, où j'avais perdu le plus cher objet de mon cœur.

Le vent , qui d'abord nous était favorable , diminua tout d'un coup , et notre vaisseau , peu éloigné du port , fut presque arrêté par le calme : j'aurais vu la tempête avec plus de joie. Sans cesse occupé de mes maux , toujours pleurant ma Nisida , je demandais au ciel la mort ou mon ami : les seuls moments que je trouvais moins amers étaient ceux où je chantais sur un luth qui appartennit à un passager.

Le second jour de notre départ, au moment où l'aurore com* mençait à teindre l'horizon , j'étais assis sur la poupe, et je considérais cette vaste mer dont les flots tranquilles réfléchissaient les étoiles prêtes à disparaître. Tout reposait autour de moi : les officiers > les matelots étaient livrés au sommeil : le pilote même dormait sur son gouvernail; les voiles étaient pliées, on n'entendait que le bruit de la proue du vaisseau, qui fendait doucement les ondes. Ce profond silence, ce grand spectacle de la mer et du ciel , cette aurore qui venait lentement réveiller les malheureux, tout me retraçait plus vivement mes peines : je pris mon luth, et je chantai ces paroles :

Tout se tait, tout est calme et dans l'air et sur l'onde , L'on n'entend que le bruit des ailes du zéphyr : Tout dort autour de moi dans une paix profonde; Moi seul je viille pour souffrir'.

Déjà vers l'orient, sur un char de lumière, L'Aurore à l'univers annonce un jour nouveau : Ce jour est un bienfait pour la nature entière ; Pour moi seul il est un fardeau.

Sous le poids des chagrins je sens que je succombe. Nisida , cher objet d'amour et de douleur, Nisida, tu n'es plus : la pierre d'une tombe Enferme ton corps et mon cœur.

J'en étais à ce dernier vers , lorsque j'entends un bruit de rames

» Agora que calla el viento , Y el sesgo mar esta eu calma , No su calme mi tormento.

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qui semblait s*approcher du vaisseau. J'écoute , je regarde; les premiers rayons du jour me font distinguer une barque ; elle venait droit à nous, et les efforts de quatre rameurs la faisaient vo< ler sur la mer. La barque approche ; une femme s'avance sur le bord : Au nom du ciel , me cria-t-elle , daignez me dire sî' votre vaisseau n'est pas le navire catalan parti depuis deux jours de Gaête. Jugez de ma surprise ! c'était la voix de Blanche , de la sœur de ma Niâida...:. Ah ! ma sœur, m'écriai-je et je me précipite à la corde du vaisseau. Je descends, j'arrive dans la barque ; je cours pour me jeter dans les bras de Blanche , je me trouve dans ceux de Nisida.

Je pensai mourir de ma joie : immobile et muet , je ne pouvais proférer une seule parole. Nisida me parlait , me rassurait ; je la regardais , en tremblant que ce ne fût un songe , et que I« réveil ne m'enlevât mon bonheur.

Revenu de ce premier ravissement, je m'occupai de faire monter dans le vaisseau la tendre Nisida et son aimable sœur. Elles étaient toutes deux en habits de pèlerines ; mais le capitaine , instruit par moi, les reçut avec le respect qu'il devait à leur naissance. Ce fut alors que j'appris de Blanche comment l'oubli do récharpe avait causé à sa sœur, presque mourante, un évanouissement si profond , que tout le monde la crut morte. Elle ne reprit SCS sens qu'au bout de huit heures; et, apprenant à la fois ma victoire sur Pransile , mon erreur, mou désespoir et notre fuite, elle résolut, avec sa sœur, de tout quitter pour nous suivre. Malgré SCS maux, malgré sa faiblesse , elle voulut partir, et Blanche disposa tout pour leur fuite. Elles avaient de l'or et des pierreries ; tout fut prodigué pour s'échapper de la maison paternelle. Un domestique gagné leur amena une litière au milieu de la nuit; et les deux sœurs, munies de leurs diamants et déguisées en pèlerines, prirent la route de Gaête , où elles savaient que je m'étais rendu. Elles y arrivèrent deux heures après le départ du navire. A force d'argent, elles trouvèrent des rameurs qui essayèrent de nous rejoindre ; le calme survenu seconda leurs efforts ; et l'amour , qui protégeait sans doute ces aimables sœurs , les fit arriver sans accident jusqu'à notre vaisseau.

Je retrouvais Nisida; mais tu nous manquais, mon cher Fabinn, et c'était payer bien cher la faveur que nous faisait la fortune,

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Blanche le sentait aussi bien que moi. Ton absence fut du moins le seul malheur dont nous eûmes à gémir. Après une heureuse navigation, nous arrivâmes à Barcelone : nous espérions y trouver de tes nouvelles ; mais nos recherches Turent vaines. Blaucbe fut la première à dire qu'il fallait parcourir toute TEspagne, et ne s^arrcter que lorsque nous t'aurions trouvé : elle était bien sûre que pet avis serait suivi. Nous résolûmes d'aller d'abord à Tolède, où sont établis des parents de Nisida. Mais , avant tout , nous écrivîmes à sou père, pour l'instruire de nos aventures et lui demander la permission de nous marier à Tolède : il a répondu selon nos désirs ; et nous étions en route pour cette ville , nous informant partout de Fabian, quand notre bonheur nous a conduits ici.

Telle fut l'histoire de Timbrio. Dès qu'il eut cessé de parler. Termite le prit en particulier, et, le menant dans un coin de sa cellule , il lui dit d'une voix timide : Est-ce que je n'irai pas à Tolède? Timbrio , surpris de sa question , le regarde : Fabian baisse les yeux , et laisse échapper quelques larmes. Son ami le serre flans ses bras : Il faut bien, lui rcpondit-il, que tu viennes à Tolède pour épouser ta chère Blanche ; elle t'adore , elle n'a pas été un seul instant sans penser à toi. Tu l'aimes toujours, n*est-U pas vrai ? Plus que ma vie , reprit Fabian ; mais je t'aime encore davantage. Allons, ajouta-t-il en souriant , je quitterai cet habit d'ermite; et tu m'en feras trouver un plus convenable à un nouveau marié: mais, si tu m'en crois, quand nous serons les époux de ces deux charmantes sœurs , nous reviendrons ici vivre avec CCS bons bergers qui nou3 aiment , et qui méritent que nous les aimions. J'en avais déjà formé le projet , reprit Timbrio ; je suis fatigué du monde, et je veux finir ma vie dans ces bois , entre ma femme et mon ami. Après cette conversation, ils vinrent en rendre compte aux deux sœurs et aux bergers : tout le monde applaudit à leur dessein.

Cependant la nuit était avancée. Êlicio conseillait de gagner promptemcnt le village. Je n'ai point de maison à vous offrir, dit-il aux quatre amants ; mais je vais vous conduire à celle deGalatée : Mœris, son père, se fera un honneur de vous recevoir.

Son avis est suivi ; on se met en marche , on double le pas, od arrive. Mœris allait se mettre à table avec sa fille , Florise et

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