NISIDA, CLÉANTE , NÉRINE
Nis. Je croyais mon père ici, Nérine.
Cléa. Il y était tout à l'heure, mademoiselle ; mais il est renfermé avec un homme d'affaires.
NÉB. Il nous a même dit que c'était pour quelque chose qui vous rtf« gardait.
443 LB BON PBBE,
Nis. Il est toiijonn oocnpé de mes plaitin ou de mon bonbenr.
NÉR. Que sait-on? peat-étre songeât-il à se donner on aide pour tous rendre heureuse?
Nis. Que veux-tu dire?
NÉB. Je veux dire qu'il s'occupe sans doute de vous chercber on mart.
Nn.» vivement Ah ! j'espère que non.
If Éa. Cela vous ferait du chagrin?
Nis. JroidemenL Tout changement à mon sort ne pourrait que m'ètre désagréable. Je suis heureuse avec mon père , Je n*aime que lui , je ne veux aimer que lui ; il ne respire que pour moi. Ce sentiment suffit i mon cceur comme à ma félicité.
Cléa. Ajoutez à tant de raisons la certitude de ne jamais trouver un époux digne de vous. Quand même sa fortune et son rang seraient audessus des vôtres, quand même il serait le plus aimable des honmies, vous feriez encore un mariage inégal.
Nis. Vous me louez toujours, Cléante; j^en suis fâchée, car j'aime à causer avec vous, et cela m*en empêche.
NÉB., bas à Cléante, Allez donc .. Oh! le poltron! (Haut.) Moi qui ne vous loue point, mademoiselle , et qui ne vous en suis pas moins attachée, je n'approuve pas cet éloignement pour le mariage. Vous êtes faite pour vous marier; mais je veux que ce soit avec un homme dont Tâge et les qualités vous conviennent. Monsieur votre père est trop vieux pour le chercher, vous êtes trop jeune pour le choisir. Si vous le vonlex, je le trouverai , moi , je m^en charge.
Nis. Tu es folle , Nérine.
NÉB. Non, je parie très-sérieusement; Je vois d'ici ce qu'il vous faot. Dites un seul mot, et je vous amène un Jeune homme bien fait , d*une jolie figure, d*un caractère doux et sensible, d'un esprit fin et aimable; en un mot, un époux rempli d'honneur, de grâce et d'amour. Si cela vous convient, vous n'avez qu'à parler.
Nis. Et tu répondras de toutes ces qualités , même de l'amour qu'il aura pour moi ?
NÉH. Oh! c'est justement ce que je garantis le plus.
Cléa. Cest pourtant le plus OifficUe à prouver. Quand on est ta fille unique d'un homme opulent , on a le droit malheureux de ne jamais se croire aimée. La fortune fait payer ses bienfaits même à l'amour-propre t vous avez beau être jeune , belle , charmante , vous êtes riche ; ce mot seul arrêtera tout amant tendre et délicat. Il doit être bien difficile de ne pas vous aimer; mais il est impossible d'oser dire que l'on vous aime.
Nis. Ce n'est pas à mon âge que l'on fait de si tristes rétlexions; et si jamais...
CLÉ4., vivement. Si jamais...