SCENE IX. 44 S
Nift. Gomment, mon père, tous avez là bonté...? ▲■LEQ. Ne me questionne point , parce que je ne veux pas que tu saches un seul mot de tout cela. D'ailieurs J'ai à te parler d'affaires plus importantes , que , grâce au ciel , je viens de terminer. Cléante et Nérine y sont pour quelque chose $ ainsi je peux m'expliquer devant eux. Tu connais bien ce Jeune marquis d'Trvilte , dont tout le monde dit du bien, que tu m'as souvent vanlé toi-même , et qui te fait un peu la cour depuis quelques mois?
Nis. Eh bien ! mon père?
AiLEQ. Eh bien ! ma ehère amie , Je viens d'arrêter ton mariage avec lui. Cléa., à parL O ciel l Nfs. Avec le marquis d'YrviUe?
AiLBQ. Oui , mon enfaiit; j'ai eu de la peine à en venir à bout ; mais, pour aplanir les difficultés , je te donne , le jour de ton mariage , tout ce que je possède.
Nis. Et vous , mon père?
Ahlcq. Hé quoi ! la plus sûre manière pour que je ne manque de rien , c'est que tu aies tout. D'ailleurs , tu me rendras service t car, si tu veux que je te parle franchement, mon argent m'ennuie : c^est toujours la même chose, il faut passer sa vie à compter. Si l'on n'avait pas quelquefois le plaisir de donner, cela serait insupportable. NÉH. Mais étes-vous sûr, monsieur, que mademoiselle votre fille... Ableq. Quant à toi, Nérine, je ne t'ai pas oubliée : j'ai remarqué depuis longtemps Taroitié qui règne entre Cléante et toi ; j'ai profité de l'occasion pour faire votre bonheur à tous deux. Je t'assure une dot fort honnête , et tu épouseras Cléante le jour même du mariage de ma fille. NÉR. J'épouserai M. Cléante, moi!
Ableq. Oui; tu ne t'y attendais pas, n'est-il pas vrai? J'ai voulu vous surprendre, parce que les choses qu'on désire font cent fois plus déplaisir quand elles viennent sans qu'on y pense. Eh bien !... vous voilà tous interdits... Tous ne me remerciez seulement pas... Qu'as-tu donc, Cléante? Je ne t'ai jamais vu comme te voilà.
NÉB. n faut lui pardonner, monsieur: c'est Tamour... la joie... Ce pauvre garçon ne s'attendait pas à m'épouser si promptement.
Ableq. Ma chère Nisida , tu n'as pas Pair d'être contente de ce que je viens de t'apprendre. Écoute donc : je désire vivement de te voir la femme du marquis d'Yrville , et je t'en dirai les raisons ; mais, si cela ne te convient pas , tu me diras les tiennes, qui seront les meilleures.
Ni8. Mon père, je suis pénétrée de reconnaissance et d'amour pour vous .. Hais je voudrais vous parler sans témoin.
Ableq. Tu m'inquiètes, ma fille. {A Cléante et à Nérine.) Elle dit qu'elle veut me parler sans témoin ; je crois qu'il faut que vous vous en alliez.
CLÉ A., en sortant. Nérine , que devenir ? NÉB. Rien n'est encore perdu.