‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 220 sur 319 · SCENE I · texte numérisé non relu

SCENE I

Hatq. Écoute , il ne faut pas encore nous désespérer. Lucette a pu être flattée de la préférence que lui a donnée M. Duval sur toutes les (tlles du ▼illage. Chez nous autres femmes, mon ami, la vanité est presque toujours la cause de toutes nos sottises. Lucette n*en est pas exempte : mais son coeur est bon , j*en suis sûre : et avec un bon cœur et une bonne mère , une fille revient toujours. Tu sais comment j'ai élevé Lucette. J'ai cornmencé par lui persuader la vérité : c'est que je l'aime beaucoup plus qu'elle ne peut s*aimer elle-même. Diaprés cette idée, sa confiance en moi est sans bornes ; die me dit tout ce qu'elle pense. Je saurai bientôt quelle espèce de sentiment elle a pour Duval ; et sois bien sûr que je ne iM^igerai rien pour la rendre à la raison et à toi.

Ableq. Oh ! si vous allez me mettre en compagnie avec la raison , vous ne ferez rien qui vaille. Je ne veux pas que votre fille m'aime par raison ; je veux que ce soit par plaisir, comme c*était autrefois. Tenez , madame Mathurine» je ne suis point du tout d'avis que vous alliez prêcher mademoiselle Lucette : tous ces sermons-là me feront du tort. Vous feriez beaucoup mieux de m'enseigner la manière d'être plus gentil que je ne suis; d'avoir deTesprit., de petites façons.., de petites grâces...; enfin tontes (Xi drdleries*là dont vous faites tant de cas, vous autres. J'ai déjà prié ma mère de me les apprendre; mais ma mère dit qu'il ne me manque rien , et que je suis charmant.

Math. Elle a raison , ta mère, et je t'en dirai autant

Ahleq. Oh ! c^est que vous êtes aussi ma mère , vous. Je ne vous crois pas plus l'une que l'autre. Pardi ! oui , voilà une belle manière d'être charmant, qui platt aux mères et ne platt pas aux filles! Comment , madame Mathurine, vous ne voulez pas me donner quelques bons avis?

Math. Quels avis veux-tu que je te donne?

Ableq. Mais on vous a fait l'amour tout comme à une autre. Vous pouvez bien vous souvenir de ce qui vous plaisait le mieux: dites-le-moi , je le ferai pour plaire à votre fille.

Math. Là-dessus, mon enfant, il n'y a point de règle sûre; et ce qui platt à l'une ennuie l'autre. Mais j'entends Lucette ; laisse-moi seule avec elle, je vais travailler pour toi.

Ableq. Ah çà , n'allez pas lui dire que je vous ai parlé de rien , parce qu'elle m'en voudrait peut-être; et j'aimerais mieux qu'elle me fit souffrir toute ma vie, que de la mettre en colère un seul moment.

Math. Sois tranquille , et va- t'en.

Ableq., regardant venir Lucette, La voUà qui approche. Mon Dieu ! comme elle est jolie! Madame Mathurine, c*est tout votre portrait, au moins. ( Il soupire, ) Ce drôle de Duval me fera mourir de chagrin.

Math. Eh non , te dis-je; j'y mettrai ordre.

Ableq. Ah ! je vous en prie , occupez- vous-cn , quand ce ne serait qu'à cause de ma mère , qui mourra de chagrin d'abord, si elle ne me voit pas heureux. Adieu , madame Mathurine. ( Il s'en va en sovpiranL )

Math. Adieu , mon fils.

ABLEQ., revenant. Eh ! comment a^z-vous dit?

Math. Adieu , mon fils.

ABLEQ. Ah ! j'aime bien cet adieu-là. ( Il sort, )

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