‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 248 sur 319 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

GIRACT, FIRMIN.

GiB. Me voici» monsieur Firmin. Je crois vous avoir donné le temps de faire toutes vos réflexions ; je viens chercher votre réponse.

FiBM. Monsieur Giraut, je vous supplie de m'écouter un moment, sans vous fâcher, sans vous ennuyer de ce que je vais vous dire. Je suis bien à plaindre, voyez-vous, et les malheureux parlent longuement.

GiB. Ne vous gênez pas ; j'ai de la patience, et je suis venu pour écouter.

PiBH. Vous êtes mon rival, vous désirez de m'en lever Agathe : cela est juste, et je ne vous en fais pas un crime. Mais vous ne désirez pas de me voir mourir de douleur : cela ne vous rendrait pas plus heureux, n'est-il pas vrai?

GiB. Il n'est pas question de votre mort , il est question de me payer ce qui m'est dû, ou de renoncer à Agathe. Voilà le point dont il s'agit, et sur lequel il me faut une réponse positive.

FiBt. Et c'est cette réponse si terrible que je ne puis faire sans mourir.

GiB. Ne croyez pas cela , monsieur Firmin ; si l'on mourait tontes les fois qu'on le dit, il n'y aurait presque plus de vivants dans ce monde. Moi,

qui vous parle, j'ai en de trës-grands chagrins, et tous voyez comment je me iH)rte.

FiKH. D*abord il ne faut rien tous déguiser. Je suis certain du cœcr d*Agathe, je suis sûr d'en être aimé antant que je Taime ; et vous pouvez compter d^avanoe que ce sera moi qu'elle choisira pour époux.

GiB. En ce cas, je n'ai plus rien à tous dire , et c'est madame TOtre mère sctile que cette affaire-ci regarde. Serriteur, monsieur Firmin.

(// veut s'en cUler.)

FiBM., le retenant. Arrêtez , arrêtez , je tous en prie.

GiB. Il me semble que vous aTcz tout dit.

FiBH. Vous demandez que je vcus cî:de Agathe : mais réfléchissez que» même en faisant ce que vous voulez , vous n'en serez pas plus heureux.

GiB. Pourquoi donc, s'il vous platt? Est-on malheareux d'épouser celle ipic l'on aime?

FiBV. Oui , quand on n'en est pas aimé. '

GiB. Et voilà positivement le motif de m i haine et de ma conduite envers vous. C'est vous, vous seul, qui m'empêchez d*étre aimé d'Agathe, et ce n'est pas la première fois que je vous trouve sur mon chemin ; partout où je suis avec vous , on vous clierclie et Ton me repousse ; aux deux dernières fctes du village, vous m'enlevâtes le prix de l'arc- Je ne vous l'ai pas pardonné; je vous dis franchement que je tous bais; et si je Ae puis vous cliasscr du ccrar d'Agathe , je me vengerai du moins de voiv voir toujours préféré à moi.

FiBM.. vivement» Hais vous tous en Tengez sor Tous-mérae : mais le ccrar d'Agathe est à moi , et il m'appartiendra toute la vie. Vous ne ooo^ naissez pas ces ccrars-là , monsieur Giraut ; c'est un pays qui vous est étranger. Vous ne savez pas qu'Agathe ne vous choisira pour époux que dans le premier moment de colère que lui causera mon feint abandon : que, ce premier moment passé , elle en sera désolée; que son amour pour nioi se réveillera plus fort que jamais; que si elle apprend surtout qo^ c'est pour sauver ma mère que j'ai renoncé à sa main , elle m^aimer?^ oeD% fois davantage , elle me regrettera cent fois plus; et l'idée de Taffreu^ marché que vous m'avez proposé vous ôtera i)our jamais sa tendresse, e( peut-être son estime. Serez»vous heureux , monsieur Giraut ^

GiB. Je ne suis pas si grand raisonneur (|ue vous, monsieur Firmin<t vous passez vos journées à liie tous les beaux livres du château , et vous; me répétez ici ce que vous avez lu ce matin. Je ne lis rien , moi , que moi^ livre de comptes ; et je n'ai pour me conduire que le bon sens que m'j^ donné ma mère.

FiBM. Vous avez eu une mère?

GiB. La belle demande! Apparemment.

FiRS. D*apn''8 la proposition que vous m'avez faite, je ne Faurais pas cru.

GiB. Tout cela et rien , c'est la même chose II ne s'agit que de deux partis : c'est que votre mère aille en prison , ou bien que j*épouse Agathe. Voilà sur quoi il faut me répondre. Qu'Agathe ensuite m'aime ou me haïsse, me fasse enrager, ou tout ce qui lui plaira, c'est mon affaire, entendez« vous? La vôtre, c'est de vous décider,

FiBM, Mais, monsieur Giraut, vous aimez l'argent, n'est-il pas vrai?

GiB. L'argent! l'argent a souTuérite. Après.

FiBM.. Agathe n'a rien; et, ponr épouser une fille qni n*a rien, vous perdez encore mille écus. Au lieu de cela, écoutez ce que je vous propose : laissez-moi Agathe, laissez-moi ma mère jet je m*engage à voui servir

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