‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 277 sur 319 · SCÈNE X · texte numérisé non relu

SCÈNE X

ARLEQUIN, ARGENTINE, DURVAL, CONCERTLM.

DORv. Ah! le voilà.

( Tout le inonde se lève.) Concert. Honsiou Arliquino, votre servitour ; il a fallou m'échapper de trente maisons pour venir vous voir; aussi, je n'ai qu'oan petit moment à vous donner. Le donc de Montalto m'attend , et je seul» sour qu'il crie après moi ■ Bonjour, monsiou Dourval. Arleq. Monsieur , je suis très-reconnaissant de toutes vos bontés ; et

&fO ABLEQUIN UaItBB DB MAISON.

voîia ma femme qtfi ten raviede you» applanJir, et de faire avec ▼ous.

Concnr. reapèreqoe l'amitié de rnoodoo Arliqaiiioaen ouo titre |mhbmoi auprès de madame; Je compte pions aoar œ titre que aoor mon faMe talent ( li rit. )

Dciv. Ob! monrienr Goneertitti, madame arme d'Italie; die est de la secte dn goAt,elJe est digne de vooséoonter. Tienex,nonsne que trois; mais jamais peut-être i Paris vous ne Ironrcrea nn qoi sente ainsi liien font ce qoe tous ^lex.

Goncnrr. Ah! j*aorais tort de me plaindre de Paris; on m'a fort traité, et pont*étre en Italie on n'aurait pas été tk ponli.

DciT. Iloi, Je tronre qoe bien peu de gens toib ont rendu jartioe. monsieur Concerfini. Combien Toosdevea souffrir quand tous trxmvezsnr votre chemin quelques-uns de ces bailiares qui osent nier le ponvnir de votre musique, et qui écoutent froidement et sans être émus les sons dn vins que vous créei !

O0!iGnT. , riamL Ah , ah ! que vonlet-vons? nous voyons tons avec les }ons que nous avons; ceux qui n'en ont point d'yoos ne comprennent pas qoe là autres voient Je ne réponds jamais à ces gens-là .. Hais je soms beaucoup pressé , le donc de llontallo m'attend; avec la pemiission de madame. Je vais vous faire entendre oon moroean de mon opéra.

DCBV. Ah: écoutons , écoutons; madame, mQDâear, éooaloQs.

CoxcEn. Toid ce que c'est (Itse met au clavrcin , et prélude avec beumeaup de wùnes et de grimaces. Dmrval s*éenir.)

DiJKV. Ah ! que c'est beau !

COKcnT. Ce n'est qu'ouo accord.

Di'BV. J'ai cru que c'était la ritournelle.

Abgbnt., à pnrL U lis ils sont fous!

CoxcnT. Il faut vous expliquer la scène. Iloun opéra est l'opéra de Broutons; c'est oon Joone homme qui m*a fait les paroles; on dit qu'elles ne sont pas bonnes, mais ceb m'est fort égal. Il y a des monsiciem qui ne poovent travailler que sour de bonnes paroles ; mab moi je remania les paroles comme oun peintre regarde sa toile; la mousîque doit couvrir font cela. Toici pourtant ce que c'est : Broutons vient d'assassiner César; il entre sour la scène avec son poignai\l tout sanglant; sa mère Serviiie, qni a été la maltresse de César, le trouve, et lui «leinaiide qui il vient de louer; Brontous lui dit: Oiin t>Tan. — Qad tyran? — César, lui dit Broulous. Alors Sei ville lui chante ceci :

Barbare. qa*as-lu fait? César était toQ père.

Et ton bras lai perce le sein !

Viens combler tes forfaits , assassine ta mère , Un tel effort est digne (Tiui Romain.

( Concertini chante cet paroles d'un air très-tendre; it s'accompagne lui-même avec beaucoup de véhémence; et toutes les fuis qn^it s^arréie , Dmrval s'écrie : Ah ! que c'est beau ! Arlequin répèU tout de suite : Ah ! que c*est beau ! et Argentine lève les épaules. CelU scène, qui n*est qu indiquée , dépend principalement des acteurs, )

nuBv. , s* essuyant les yeux, Afa ! monsieur Concertini , quel moretas • qtid morceau, grands dieux ! Voik m'avez fait fondre en larmes.

SCBIfE X. 511

CDNCBIT., rianl. Ah, ah i ne plourez pas, c'est fini; et comme j'ai pré- Tou que cet endroit ferait plourer , j*ai mis ià tout de suite oun baiiet pour rétablir la gaieté.

Abgent. Comment, monsieur, un ballet?

Conçut. Oui, madame ; tous savez qu'à l'opéra on personniOe tout; i*ai ousé de la permission pour faire danser oune petite gavotte à la république romaine et à la liberté, en réjouissance delà mort de César.

Abcent. Et Servilie , que devient elle ?

CoNCiBT. Elle se met dans oun coin pour plourer , tandis que la réiiii- Mique et la liberté dansent ; et ma mousique exprime plours par ici, gavotte par là : c*est le plous jouli de l'opéra.

DUBT. C'est un trait de génie. Ah! monsieur Goocertini , je suis encore ivre de ce morceau. Hais , dites^moi , l'avez-TOua fait tout de suite comme il est là?

CoNCEBT. Oh ! non, j'y ai beaucoup changé.

DUBY. Eh bien ! pourquoi ne pas graver à la suite de votre opéra toutes ces variantes? Ces débris de notes sont des chefs-d'ccuvre que vous nous dérobez, monsieur Conccrtini : quand on taille des diamants, l'on re* cueille jusqu'aux plus petits morceaux.

Concert. , toujours riant. Ah , ah '. nous verrons. ( A Jrlequin. ) U a bien de l'esprit, ce monsiou Dourral.

ABLBQ. Oh! votre ariette est magnifique. U me semble cependant, permettez-moi de vous le dire , monsieur Conoertini , il me semble que lorsque vous parlez de forfaits, d'assassinats, il faudrait un peu plus de bruit , là, un peu plus de... Cela fait du bruit d'assassiner , surtout quand ce sont des grands seigneurs qui s'assassinent. Qu'en dites-vous?

Concert. , toujours ricanant. Ah! monsiou Arliquino, cette objection n'est guère d*oun connaisseur comme vous. Si je voulais dou brouit, je sais bien où en prendre : mais vous sentez que si ma mousique devient l*lous forte, elle cesse d'être chantante ; et il faut d'abord chanter, pouls l'on exprime si l'on peut.

DuRV. Eh ! sans doute; et voilà ce qu'ils ne veulent pas comprendre ; mais vous nous y amènerez , monsieur Conccrtini. Soyez tranquille , vous nous rendrez musiciens malgré nous , malgré nos oreilles; vous ferez à Paris ce qu'Orpliée fit chez les Tiiraces, quoique je sois convaincu que les Thraces étaient moins barbares que nous.

CONCERT. , toujours riant. Allons, allons, ne dites pas de mal de votre nation : ah ! qu'il y a encore bien du goût ! Si les Français v<Nilaicnt s'entendre pour admirer tout ce que nous faisons , vous verriez que ce paysci vaudrait bien le nôtre; mais... ils s'attachent aux paroles, ils veulent que les poèmes soient joulis , ((u'ils signifient quelque chose t tout cela gène oun mousicien. Voulez-vous ttuc je vous dise le grand défaut des Fcauçais pour la mousique? c'est qn'i.s ont trop d'esprit, et ça tue Toreille. Mais on m'attend, je vous demande pardon, et je m'enfouis. Adiou, madame; adiou, messieurs.

DUBV. , courant après lui. Monsieur Concertini, un mot, s'il vous plaiL Demain matin serez-vous cliez vous?

Concert. Oui, monsiou.

Dur Y. Eh bien ! j'irai vous voir, et je vous porterai un petit épisode de Pyrame et Thisbé , que vous ne trouverez pas mal , et que vous pouvez faire entrer dans votre opéra ; je vous montrerai cela.

Concert. Monsioti, je vous serai fort obligé; nous le lirons ensemble «

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et nous verrons. Bien obligé, monsiou Donrval. Adiou, monsMm Arli« (lui no.

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