SCÈNE XI
AKLEQUIN, ARGENTINE, DDftVAL.
Ptmv. Quel homme! quel génie!... Mai», madame, tous devez avoir eu bien plus de plaisir que moi , vous qui avez le bonheur d'être Italienne. Ah! pourquoi ne suis-je pas né dans cette patrie du goût, des talents, de rharmonie; de l'harmonie, cet art divin, ce don du ciel que les dieux nous ont accordé pour charmer nos peines» pour augmenter nos plaisirs? C'est aux Italiens que la Divinité a confié ce présent céleste ; ce sont eux qui viennent nous donner de nouvelles sensations, nous faire connaître de nouveaux plaisirs, adoucir nos mœurs , polir nos âmes et nos oreilles; et nous. Français, nous, descendants des Gotbs et des Sicambres, nous avons encore les oreilles sicambres.
Abgent. Monsieur Durval est sûrement musicien?
DoBv. Mol, madame? point du tout. Celam'empêche-t-il de sentir, d'avoir une âme, et de me connaître au plaisir que j'éprouve ? Je serais bien fâdié d'être musicien ; Je perdrais pent-être en sensations ce que je gagnerais en science : la musique est faite pour ceux qui ne la savent pas.
Abliq. Oh ! c'est si vrai, que mm je n*ai jamais voulu rapprendre, parce que dès lors je n*y aurais plus rien compris.
DFBv. Madame, c'est avec douleur que j*en conviens, mais notre nation n^est pas faite pour la musique ; enfin , nous sommes au moment où, avec quelques efforts de plus, nous sortions de notre barbarie, et ces efforts , nous avons négligé de les faire. Nous qui possédons tant dliommes distingués parleurs lumières, par leurs talents, croiriez-vousque la musique a eu de la peine à trouver des défenseurs dans cette classe de gens éclairés? ils n*ont pas daigné combattre pour elle !
Abgbnt. Mais je le crois bien, monsieur. Comment! vous voudriez que ceux qui nous apprennent à penser, ceux qui tiennent dans leurs mains nos cœurs et nos esprits, descendissent de ce sublime emploi à celui de soldat d*un compositeur? Vous voudriez qu'au lieu de se tenir étroitement unis pour étendre la raison , la vérité , ils abandonnassent cette belle cause pour les intérêts d'un opéra! Vous n'y pensez pas, monsieur; ils ne prendront sûrement pas la peine de se haïr pour des prétentions aussi ridicules : en vérité, si cela arrivait, il me semblerait voir des abeilles quitter leur miel, et se tuer entre elles pour faire régner un bourdon.
Ableq. Savez-vons bien que ma petite fenune a lu, au moins ? Oh ! sango ai fitt/ elle sait tout; moi je ne sais rien : mais elle m'aime, et je crois savoir tout.
DVBV. Mais vous m'étonnez , monsieur Arlequin ; vous ce défendez pas la musique , vous qui Taimez , qui la soutenez.
ABLEQ. Oh , mol ! je l'aime à cause de vous autres ; sans cela vous auriez dit que je suis une bête. Il faut avoir de l'esprit comme elle pour avoir un avis à soi. Je n'ose rien dire, parce vous traitez d'imbéciles tous ceux ({ui ne pensent pas comme vous.
DuRv. Je voudrais avoir le temps de discuter une cause aussi intéressante , je prouverais sûrement à madame combien b musique élève son