‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 279 sur 319 · ARLEQUIN, ARGENTINE, LE CHEVALIER · texte numérisé non relu

ARLEQUIN, ARGENTINE, LE CHEVALIER

Le cbet. Est-ce à monsieur Arlequin que j*m l'honneur de parler?

Arleo* Oui , monsieur; donnez-vous la peine de vous asseoir.

Le chev. Monsieur, je désirerais beaucoup pouvoir vous entretenir dans votre cabinet.

Ableq. Monsieur, c'est tout comme si vous y étiez ; madame est ma femme , et, grâce à Dieu, nous sommes toujours ensemble comme si nous étions tout seuls : ainsi imaginez-vous que vous êtes tête à tête avec moi.

Le chev. C'est à votre honnêteté que je vais confier le secret de ma vie. Vous êtes l'héritier du comte de Valcourt?

Ableq. Oui , monsieur ; et malgré cela je le pleurerai longtemps.

Le chev. Monsieur, je suis le malheui*eux fils du comte de Valcourt^

ABLEQ. Vous êtes son fils ! Mais il n'était pas marié.

Le chev. Pardonnez-moi, monsieur : le comte de Valcourt devint amoureux de ma mère dans une garnison où il était , et voulut l'épouser. Ma mère n'avait ni fortune ni nai»>ance; la famille du comte s'opposa à son amour, et le ccHnte, à l'insu de tous ses parents , épousa ma malheureuse mère. Voilà le contrat de mariage.

Ableq. Oh ! je vous crois, car je vous plains déjà.

Argent. Mais comment se fait-il, monsieur, que le comte de Valcourt ait donné tout son bien à mon mari , de préférence à sa femme et à son fils?

Le chev. Ma malheureuse mère se brouilla avec son époux peu de temps après ma naissance , pour des raisons que je rougirais de rapporter, et que mon respect pour ma mère me force de vous taire. Le comte , indigné, abandonna celle qui Toutrageait, et confondit avec sa coupable femme le malheureux enfant que vous voyez. Ma mère m'éleva, et me soutint avec le peu de fortune qui lui resta ; elle me plaça dans le service , où j'ai gagné l'amitié de mes chefs, sans pouvoir regagner celle de moopère; il est

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mort toi^onrs irrité. Ma mère l'a saivi pea de temps après; et ayant appris qœ Toos étiez Phéritier de tous les biens da comte de Valcoort , je viens vous demander, monsieur , si, en mourant, mon père n'a pas pané que j'existais.

AiLBQ. Non , monsieur, non , mon cher ami. ( Il pleure. ) 11 n.*a pas dit un mot de vous ; mais , grâce à Dieu , c'est moi qui ai tout votre bien; et c'est fort heureux pour vous , car je m'en vais vous le rendre, mon dier ami. N'est-ce pas , ma fenmie , tout lui appartient?

Akgbmt. Sans doute, mon ami; il faudra tout rendre.

Lb cobv. Comment ! mais la loi est pour vous; le mariage de mon père n*a jamais été déclaré ; et je n*ai rien à prétendre. La loi...

Ablbq. Je n'ai que faire de la loi quand mon ccrar et ma femme parlent ; vous voyez bien qu'ils me crient tous les deux à la fois que votre bien n*est pas à moi ; ainsi , mon cher ami , je vais tout vous rendra : seu' lement ne me demandez pas ce que j^ai dépensé pour faire venir ma femme, et tout ce que j'ai mangé ici ; je ne pourrais pas vous le rendre, parce que nous sommes fort pauvres.

Argent. Monsieur, vous êtes trop juste pour ne pas accorder tout ce que mon mari vous demande. Rentrez dans tous vos droits , et nous, mon ami , nous allons retourner à Bergame.

Le (31 ev. Où suis-je donc? Je ne sais si je veille : quoi! vous avez la générosité...

Arleq. Mais vous n*avez donc pas vécu avec des honnêtes gens, puisque cela TOUS étonne? Écoutez , j*ai une prière à vous faire, mon cher maître; car votre père Tétait, et je Taimais bien : faites-moi le plaisir de conserver tous les domestiques que j'avais conservés, et puis payez an tailleur cet habit-ci , que je n*ai pas payé, car je veux tot^ours porter le deuil de mon bon maître.

Le chfv. Vous m*attendrissez, mon ami, mon birafaiteur; j*accepte tons vos bienfaits , mais soyons une même famille : quand vous me coniiaitrez , vous m'aimerez peut-être. Je vous estime , je vous respecte, je vous honore comme vous le méritez. Restez avec moi , soyez ma sœur» madame , et vous mon frère : je serai le plus heureux des trois.

rm D'AKtBQCI?! MaITBK DB HilMN.

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