LES JUMEAUX DE BEBGAUB
maison ? Comme tu volais au-devant de ce qui pouvait me plaire ! comme tu t'empressais de faire tout l'ouvrage que je devais partager ! Ta œ m'abordais jamais qu'avec cet air doux et tendre que tu prends ai bien quand tu veux, monstre; et tu n'appelles pas cela de l'amour! Dis pluUtt que j'ai cessé de te plaire ; dis-moi qu'une aulre, plus heureuse, m*a enlevé ton cœur, liais ne te flatte pas que Ton m'ôtera impunément mon bien : non, traître; non, perfide ; je me vengerai , sois-en sûr; je punirai ton mépris; et puisque Tamour le plus tendre n'a fait de toi qa*un ingrat. Je mériterai ton indifférence en m*occupant de te haïr, comme je m'occupais de t'aimer.
Ableq. Si v(Nis m'écoutez toujours comme cela , jamais vous ne m'entendrez.
NÉB. Mais parle donc , défends-toi ; profite de ce moment de calme. Ableq. Vous savez bien , mademoiselle Nérine, qu'il y a six mois que j'entrai au service de vos maîtres.
NÉB. Après , après , après ?
Ableq. En arrivant dans votre maison, je m'occupai de gagner l'amitié de tout le monde; vous fûtes avec mol plus polie que (jersonne , je fus plus honnête avec vous. Petit à petit , votre politesse est devenue de Tamour; ce n'est pas ma faute : vous ne m'avez pas consulté ; car si vous l'aviez fait. Je vous aurais dit : < Mademoiselle Nérine, je ne vaux pas la peine d*étre aimé de vous ; je suis retenu. > NÉB. Comment! que veux-tu dire? Et tu crois... ? Ableq. Continuons à causer paisiblement. Oui, mademoiselle, j'en aime une autre ; je l'aimais avant de vous connaître : sans cda , peut-être auriez-vous eu la préférence. Vous voyez que je suis toujours poli ; devenez raisonnable , mademoiselle Nérine. Que diable ! je ne vous ai jamais fait de mal , moi : pourquoi m'aimez-vous?
NÉB., dans la dernière fureur. Eh bien ! puisque tu le désires, ta peux compter sur la haine la plus implacable. Dès aujourd'hui Je te défends de me parler, de me regarder, de jamais te trouver dans les lieux où Je serai. Perfide ! je te prouverai que tu ne méritais pas une femme comme mol. Et ne t'imagine pas que tu pourras rire avec ta nouvelle maîtresse, et te moquer de mes chagrins : non, non , je saurai me venger. (Elle lui fait faire le tour du théâtre. ) Je découvrirai ma rivale, je vous poursuivrai tous les deux , j'allumerai ta jalousie et la sienne , je vous brouillerai, je vous rendrai malheureux l'un par l'autre , je ferai de votre ménage un enfer, et ton tourment sera la seule occupation et le seul plaisir de ma vie. Adieu! (Elle sort.)