‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 63 sur 319 · L'HABIT D'ARLEQUIN · texte numérisé non relu

L'HABIT D'ARLEQUIN

Vous connaissez ce quai nommé de la Ferraille , Où l'on vend des oiseaux, des hommes, et des fleurs : A mes fables souvent c'est là jque je travaille ; J'y vois des animaux , et j'observe leurs mœurs. Un jour de mardi-gras, j'étais à la fenêtre

D'un oiseleur de mes amis ,

Quand sur le quai je vis paraître Un petit arlequin leste , bien fait , bien mis , Qui , la batte à la main , d'une grâce légère , Courait après un masque en habit de bergère. Le peuple applaudissait par des ris , par des cris*

Tout près de moi , dans une cage ,

Trois oiseaux étrangers de différent plumage , '

Perruche, cardinal, serin,

Regardaient aussi l'ariequin.

La perruche disait ; J'aime peu son visage, Mais son charmant habit n'eut jamais son égal ; Il est d'un si beau vert ! Vert ! dit le cardinal ;

Vous n'y voyez donc pas, ma chère I

L'habit est rouge assurément;

Voilà ce qui le rend charmant.

Oh! pour celui-là , mon compère.

Répondit le serin , tous n'avei pas raison;

Car l'habit est jaune citron ; Et c'est ce jaune4à qui Êdt tout son mérite. •«- Il est vert. -^ Il est jaune. — Il est rouge , morbleu I

Interrompt chacun avec feu ;

Et déjà le trio s'irrite.

Amis , apaises-YOUs , leur orie un bon pivert ;

L'habit est jaune , rouge , et vert.

Cela vous surprend fort ; voiei tout le mystère } Ainsi que bien des gens d'esprit et de savoir , Mais qui d'un seul o6té regardent une affairé ,

Chacun de vous ne veut y vov

Que la couleur qui sait lui plaire.

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