‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 64 sur 319 · LE HIBOU ET LE PIGEON · texte numérisé non relu

LE HIBOU ET LE PIGEON

Que mon sort est affreux ! s'écriait un hibou Vieux , infirme , souffrant , accablé de misère,

Je suis isolé sur la terre , Et jamais un oiseau n'est venu dans mon trou Consoler un moment ma douleur solitaire.

Un pigeon entendit ces mots ,

Et courut auprès du malade :

LIVAB IV. 103

Hélas 1 mon pauvre camarade,

Lui dit-il, je plains bien vos maux.

Mais je ne comprends pas qu*un hibou de votre âge

Soit sans épouse , sans parents ,

Sans enfants ou petits-enfants, ri'avez-vous point serré les nœuds du mariage

Pendant le cours de vos beaux ans?

Le hibou répondit : Non, vraiment, mon cher frère.

Me marier ! Et pourquoi faire P

J*en connaissais trop le danger.

Youliez-vous que je prisse une jeune chouette

Bien étourdie et bien coquette , Qui me trahît sans cesse ou me fit enrager ; Qui me donnât des fils d'un méchant caractère ,

Ingrats, menteurs, mauvais sujets , Désirant en secret le trépas de leur père ?

Car c'est ainsi qu*ils sont tous faits.

Pour des parents , je n'en ai guère , Et ne les vis jamais' : ils sont durs , exigeants ,

Pour le moindre sujet s'irritent,

M'aiment que ceux dont ils héritent; Encor ne faut-Û pas qu'ils attendent long-temps. Tout frère ou tout cousin nous déteste et nous pille.

Je ne suis pas de votre avis , Répondit le pigeon. Mais parlons des amis ;

Des orphelins c'est la famille :

Vous avez dû près d'eux trouver quelques douceurs.

-" Les amis ! ils sont tous trompeurs. J'ai connu deux hibous qui tendrement s'aimèrent

Pendant quinze ans , et , certain jour ,

Pour une souris s'égorgèrent.

Je crois à l'amitié moins encor qu'à l'amour.

— Mais ainsii, Dieu me le pardonne !

Vous n'avez donc aimé personne ?

— Ma foi non , soit dit entre nous.

-^ En ce cas-là, mon clier, de quoi vous plaignez-vous ?

FABLE VI

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