‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 69 sur 319 · LE COURTISAN £T L£ DIEU PROTÉË · texte numérisé non relu

LE COURTISAN £T L£ DIEU PROTÉË

On en veut trop aux courtisans :

On va criant partout qu'à FEtat inutiles , Pour leur seul intérêt ils se -montrent habiles. Ce sont discours de médisants.

J'ai lu, je ne sais où, qu'autrefois en Syrie Ce fut un courtisan qui sauva sa patrie.

Voici comment. Dans le pays

La peste avait été portée, Et ne devait cesser qtie quand le dieu Protée

Dirait là-dessus son avis.

Ce dieu , comme Ton sait , n'est pas facile à vivre : Pour le faire parler il faut longtemps le suivre.

Près de son antre l'épier,

Le surprendre , et puis le lier,

Malgré la figure effrayante

Qu'il prend et quitte à volonté.

Certain vieux courtisan , par le roi député, Devant le dieu marin tout à coup se présente.

Celui-ci, surpris, irrité, Se change en noir serpent : sa gueule empoisonnée Lance et retire un dard messager du trépas , Tandis que, dans sa marche oblique et détournée, Il glisse sur lui-même et d'un pli fait un pas. Le courtisan sourit : Je connais cette allure , Dit-il , et mieux que toi je sais mordre et ramper.

11 court alors pour l'attraper :

Mais le dieu change de figure ; Il devient tour à tour loup, singe, lynx, renard.

Tu veux me vaincre dans mon art, Disait le courtisan : mais , depuis mon enfance , Plus que ces anhnaux avide, adroit, rusé,

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Chacun de ces tours-là pour moi se trouve usé. Changer d'habit, de mœurs, même de conscience,

Je ne vois rien là que d'aisé.

Lors il saisit le dieu, le lie, Arrache son oracle , et retourne vainqueur.

Ce trait nous prouve, ami lecteur.

Combien un courtisan peut servir la patrie.

FABLE XIL

Lâ guenon, le singe , ET LA NOIX.

Une jeune guenon cueillit

Une noix dans sa coque verte ; Elle y porte la dent, fait la grimace..» Ah ! certe,

Dit-elle , ma mère mentit Qaand elle m'assura que les noix étaient bonnes. Puis, croyez aux discours de ces vieilles personnes Qui trompent la jeunesse ! Au diable soit le fruit ! Elle jette la noix. Un singe la ramasse ,

Vite entre deux cailloux la casse ,

L'épluche, la mange , et lui dit :

Votre mère eut raison , ma mie , Les noix ont fort bon goût ; mais il faut les ouvrir.

Souvenez-vous que , dans la vie , Sans un peu de travail on n'a point de plaisir.

FABLE XIH.

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