‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 84 sur 319 · LA COLOMBE ET SON NOURHISSON · texte numérisé non relu

LA COLOMBE ET SON NOURHISSON

Une qolombe gémissait

De ne pouvoir devenir mère :

{Jle avait fait cent fois tout ce qu'il fallait faire Pour en venir à bout, rien ne réussissait, lin jour, se promenant dans un bois solitaire ,

£l^e rencontra en un vieux nid Vn œuf abandomé , point trop gros , point petit ,

Semblable aux oeufs de Xour^relle.

Ah! qucd bonheur! s'écria-.t-elle :

Je pourrai donc enfin couver.

Et puis nourrir, puis élever Vn enfant qui fera le charme de ma vie l

Tous les soins qu'il me coûtera ,

Les tourments qu'il me causera, Seront encor des biens pour mon âme ravi,e ^

Quel plaisir vaut ces soucis-là ?

Cela dit, dans le nid la colombe établie Se met à couver l'oçuf , et le couve si bie^ ^

Qu'elle ne le quitte pour riçn ^

i3S rABUtS.

Pas même pour manger : l'amour nourrit les mères. Après vingt et un jours elle voit nattre enfin Celui dont elle attend son bonheur, son destin ,

£t ses délices les plus chères.

De joie elle est prête à mourir ; Auprès de son petit nuit et jour elle veille , ^

L'écoute respirer, le regarde dormir.

S'épuise pour le mieux nourrir.

L'enfant chéri vient à merveille ,

Son corps grossit en peu de temps :

Mais son bec , ses yeux et ses ailes

Diffèrent fort des tourterelles;

I^a mère les voit ressemblants.

A bien élever sa jeunesse Elle met tous ses soins , lui prêche la sagesse, Et surtout l'amitié; lui dit à chaque instant :

Pour être heureux , mon cher enfant , 11 ne faut que deux points : la paix avec soi-même, Puis quelques bons amis dignes de nous cliérir. La vertu de la paix nous &it seule jouir;

Et le secret pour qu'on nous aime , C'est d'aimer les premiers , facile et doux plaisir !

Ainsi parlait la tourterelle ,

Quand , au milieu de sa leçon ,

Un malheureux petit pinson , Échappé de son nid , vient s'abattre auprès d'elle. Le jeune nourrisson à peine l'aperçoit,

Qu'il court à lui : sa mère croit Que c'est pour le traiter comme ami , comme frère ^

Et pour ofifrir au voyageur

Une retraite hospitalière.

Elle applaudit déjà : mais quelle est sa douleur, Lorsqu'elle voit son fils, ce fils dont la jeunesse I^ 'entendit que leçons de vertu , de sagesse , Saisir le faible oiseau , le plumer, le manger,, ^t garder, au milieu de l'horrible carnage^

Ce tranquille sang^froidy assuré témoignage Que le cœur désormais ne peut se corriger !

FJIe en mourut, la pauvre mèrel Quel triste prix des soins donnés à cet enfant !

Mais c'était le fils d'un milan :

Rien ne change le caractère.

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