LA COLOMBE ET SON NOURHISSON
Une qolombe gémissait
De ne pouvoir devenir mère :
{Jle avait fait cent fois tout ce qu'il fallait faire Pour en venir à bout, rien ne réussissait, lin jour, se promenant dans un bois solitaire ,
£l^e rencontra en un vieux nid Vn œuf abandomé , point trop gros , point petit ,
Semblable aux oeufs de Xour^relle.
Ah! qucd bonheur! s'écria-.t-elle :
Je pourrai donc enfin couver.
Et puis nourrir, puis élever Vn enfant qui fera le charme de ma vie l
Tous les soins qu'il me coûtera ,
Les tourments qu'il me causera, Seront encor des biens pour mon âme ravi,e ^
Quel plaisir vaut ces soucis-là ?
Cela dit, dans le nid la colombe établie Se met à couver l'oçuf , et le couve si bie^ ^
Qu'elle ne le quitte pour riçn ^
i3S rABUtS.
Pas même pour manger : l'amour nourrit les mères. Après vingt et un jours elle voit nattre enfin Celui dont elle attend son bonheur, son destin ,
£t ses délices les plus chères.
De joie elle est prête à mourir ; Auprès de son petit nuit et jour elle veille , ^
L'écoute respirer, le regarde dormir.
S'épuise pour le mieux nourrir.
L'enfant chéri vient à merveille ,
Son corps grossit en peu de temps :
Mais son bec , ses yeux et ses ailes
Diffèrent fort des tourterelles;
I^a mère les voit ressemblants.
A bien élever sa jeunesse Elle met tous ses soins , lui prêche la sagesse, Et surtout l'amitié; lui dit à chaque instant :
Pour être heureux , mon cher enfant , 11 ne faut que deux points : la paix avec soi-même, Puis quelques bons amis dignes de nous cliérir. La vertu de la paix nous &it seule jouir;
Et le secret pour qu'on nous aime , C'est d'aimer les premiers , facile et doux plaisir !
Ainsi parlait la tourterelle ,
Quand , au milieu de sa leçon ,
Un malheureux petit pinson , Échappé de son nid , vient s'abattre auprès d'elle. Le jeune nourrisson à peine l'aperçoit,
Qu'il court à lui : sa mère croit Que c'est pour le traiter comme ami , comme frère ^
Et pour ofifrir au voyageur
Une retraite hospitalière.
Elle applaudit déjà : mais quelle est sa douleur, Lorsqu'elle voit son fils, ce fils dont la jeunesse I^ 'entendit que leçons de vertu , de sagesse , Saisir le faible oiseau , le plumer, le manger,, ^t garder, au milieu de l'horrible carnage^
Ce tranquille sang^froidy assuré témoignage Que le cœur désormais ne peut se corriger !
FJIe en mourut, la pauvre mèrel Quel triste prix des soins donnés à cet enfant !
Mais c'était le fils d'un milan :
Rien ne change le caractère.