LE PAYSAN ET LA RIVIÈRE
Je veux me corriger, je veux changer de vie , Me disait un ami : dans des liens honteux
Mon âme s'est trop avilie , J'ai cherehé le plaisir, guidé par la folie , Et mon cœur n'a trouvé que le remords affreux. C'en est feit , je renonce à l'indigne maîtresse Que j'adorai toujours, sans jamais l'estimer. Tu connais pour le jeu ma coupable faiblesse ,
Eh bien ! je vais la réprimer ;
Je vais me retirer du monde , Et , calme désormais , libre de tous soucis ,
Dans une retraite profonde Vivre pour la sagesse et pour mes seuls amis.
Que de fois vous l'avez promis !
Toujours en vain, lui répondis-je.
Çà, quand commencez-vous ? — Dans huit jours, sûrement , — Pourquoi pas aujourd'hui? Ce long retard m'afflige.
^— Oh! je ne puis dans un moment
Briser uoe si forte chaîne :
II me faut un prétwte ; il viendra, j'en réponds*
Causant ainsi , nous arrivons
Jusque sur les bords de la Seine ;
Et j'aperçois un paysan
Assis sur une large pierre , Regardant l'eau coul^ d'un air impatient.
£iVfiB y. f3t
— Uamt , que fais*tu là ? — Monsieur, pour one affaire Au village prochain je suis contraint d*aiier : Je ne vois point de pont pour passer la rivière y Et j'attends que cette eau cesse enfln de couler.
Mon ami, vous voilà , cet homme est votre image : Vous perdez en projets les plus beaux de vos jours; Si vous voulez passer, jetez- vous à la nage, Car cette eau coulera toujours.
FABLE VIL
JUPITKR ET MINOS.
Mon fils, disait un jour Jupiter à Minos,
Toi qui juges la race humaine, Expliqne*inoi pourquoi l'enfer suffit à peine Aux nombreux criminels que t'envoie Atropos. Quel est de la vertu le fatal adversaire Qui corrompt à ce point la faible humanité? Cest , je crois, rintérét. -^ L'intérêt? Non, mon père.
— Et qu'est-ce donc ? — L'oisiveté.
FABLE VIIL