LE PETIT CHIEN
La vanité nous rend aussi dupes que sots. Je me souviens , à ce propos ,
Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre Où , malgiré les plus beaux exploits , Maint lion fut courbé par terre, L'éléphant régna dans les bois.
Le vainqueur, politique habile ,
183 rABLCS.
Voulant prévenir désormais Jusqu'au moindre sujet de discorde civile « De ses vastes États exila pour jamais La race des lions , son ancienne ennemie. L'éditfut proclamé. Les lions affaiblis, Se soumettant au sort qui les avait trahis,
Abandonnent tous leur patrie.
Us ne se plaignent pas « ils gardent dans leur cœur
Et leur courage et leur douleur.
Un bon vieux petit chien , de ta charmante espèce De ceux qui vont portant jusqu'au milieu du dos
Une toison tombante à flots ,
Exhalait ainsi sa tristesse :
H faut donc vous quitter, 6 pénates chéris !
Un barbare , à l'âge où je suis , M'obUge à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui , sans secours , dans un pays nouveau , Je vais , les yeuk en pleurs , demander un tombeau
Qu'on me refusera peut-être.
O tyran , tu le veux ! allons , il faut partir. Un barbet l'entendit : touché de sa misère « Quel motif, lui dit*il , peut t'obUger à fuir .' — Ce qui m'y force ? ô ciel ! Et cet édit sévère Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton ?. . . [frère, — lïous ?— lïon pas vous, maismoi.— Comment! toi, mon cher Qu'as-tu donc de commun ...? — Plaisante question !
Eh ! ne suis-je pas un lion ' ?
FABLE I^X