‹ Fables de Florian (volume 4)Chapitre 87 sur 319 · LE PETIT CHIEN · texte numérisé non relu

LE PETIT CHIEN

La vanité nous rend aussi dupes que sots. Je me souviens , à ce propos ,

Qu'au temps jadis, après une sanglante guerre Où , malgiré les plus beaux exploits , Maint lion fut courbé par terre, L'éléphant régna dans les bois.

Le vainqueur, politique habile ,

183 rABLCS.

Voulant prévenir désormais Jusqu'au moindre sujet de discorde civile « De ses vastes États exila pour jamais La race des lions , son ancienne ennemie. L'éditfut proclamé. Les lions affaiblis, Se soumettant au sort qui les avait trahis,

Abandonnent tous leur patrie.

Us ne se plaignent pas « ils gardent dans leur cœur

Et leur courage et leur douleur.

Un bon vieux petit chien , de ta charmante espèce De ceux qui vont portant jusqu'au milieu du dos

Une toison tombante à flots ,

Exhalait ainsi sa tristesse :

H faut donc vous quitter, 6 pénates chéris !

Un barbare , à l'âge où je suis , M'obUge à renoncer aux lieux qui m'ont vu naître. Sans appui , sans secours , dans un pays nouveau , Je vais , les yeuk en pleurs , demander un tombeau

Qu'on me refusera peut-être.

O tyran , tu le veux ! allons , il faut partir. Un barbet l'entendit : touché de sa misère « Quel motif, lui dit*il , peut t'obUger à fuir .' — Ce qui m'y force ? ô ciel ! Et cet édit sévère Qui nous chasse à jamais de cet heureux canton ?. . . [frère, — lïous ?— lïon pas vous, maismoi.— Comment! toi, mon cher Qu'as-tu donc de commun ...? — Plaisante question !

Eh ! ne suis-je pas un lion ' ?

FABLE I^X

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