‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 108 sur 142 · LE MIROIR ET LA VERITE · texte numérisé non relu

LE MIROIR ET LA VERITE

ans le beau siècle d’or, quand les premiers humains,

Au milieu d’une paix profonde, Coulaient des jours purs et sereins ,

La Vérité courait le monde Avec son miroir dans les mains.

Chacun s’y regardait , et le miroir sincère Retraçait à chacun son plus secret désir Sans jamais le faire rougir :

Temps heureux, qui ne dura guère !

L’homme devint bientôt méchant et criminel.

La Vérité s’enfuit au ciel En jetant de dépit son miroir sur la terre ;

Le pauvre miroir se cassa.

Ses débris, qu’au hasard la chute dispersa ,

Furent perdus pour le vulgaire.

Plusieurs siècles après on en connut le prix ;

Et c’est depuis ce temps que l’on voit plus d’un sage Chercher avec soin ces débris ,

Les retrouver parfois; mais ils sont si petits Que personne n’en fait usage.

Hélas ! le sage le premier Ne s’y voit jamais tout entier.

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