‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 137 sur 142 · COURONNÉ PAR L’ACADÉMIK FRANÇAISE EN · texte numérisé non relu

COURONNÉ PAR L’ACADÉMIK FRANÇAISE EN

A S. A. S. MONSEIGNEUR LE DUC DE PENTH1EVRE.

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E plus saint des devoirs, celui

qu’en traits de flamme La nature a gravé dans le fond de notre âme ,

C’est de chérir l’objet qui nous donna le jour.

Qu’il est doux à remplir ce précepte d’amour !

Voyez ce faible enfant que le trépas menace;

11 ne sent plus ses maux quand sa mère l’embrasse; Dans l’âge des erreurs, ce jeune homme fougueux

N’a qu elle pour ami dès qu’il est malheureux;

Ce vieillard qui va perdre un reste de lumière Retrouve encor des pleurs en parlant de sa mère. Bienfait du Créateur, qui daigna nous choisir Pour première vertu notre plus doux plaisir!

Il fit plus : il voulut qu’une amitié si pure Fût un bien de l’amour comme de la nature ,

Et que les nœuds d’hymen , en doublant nos parents , Vinssent multiplier nos plus chers sentiments.

C’est ainsi que, de Ruth récompensant le zèle,

De ce pieux respect Dieu nous donne un modèle.

Lorsqu’autrefois un juge, au nom de l’Eternel , Gouvernait dans Maspha les tribus d’Israël ,

Du coupable Juda Dieu permit la ruine.

Des murs de Bethléem chassés par la famine,

Noémi , son époux, deux fils de leur amour,

Dans les champs de Moab vont fixer leur séjour.

Bientôt de Noémi les fils n'ont plus de père ;

Chacun d’eux prit pour femme une jeune étrangère,

Et la mort les frappa. La triste Noémi ,

Sans époux, sans enfants, chez un peu (»le ennemi, Tourne ses yeux en pleurs vers sa chère patrie,

Et prononce en partant, d’une voix attendrie ,

Ces mots qu’elle adressait aux veuves de ses fils :

« Ruth , Orpha , c’en est fait, mes beaux jours son finis Je retourne en Juda mourir où je suis née.

Mon Dieu n’a pas voulu bénir votre hyménée;

POEME

Oue mon Dieu soit béni ! Je vous rends votre foi. Puissiez-vous être un jour plus heureuses que moi !

Votre bonheur rendrait ma peine moins amère.

Adieu ; n’oubliez pas que je fus votre mère. »

Elle les presse alors sur son cœur palpitant.

Orpha baisse les yeux et pleure en la quittant.

Ruth demeure avec elle : « Ah ! laissez-moi vous suivre ; Partout où vous vivrez , Ruth près de vous doit vivre. N’êtes-vous pas ma mère en tout temps , en tout lieu ? Votre peuple est mon peuple, et votre Dieu mon Dieu. La terre où vous mourrez verra finir ma vie;

Ruth dans votre tombeau veut être ensevelie :

Jusque-là vous servir sera mes plus doux soins ;

Nous souffrirons ensemble, et nous souffrirons moins. >

Elle dit. C’est en vain que Noémi la presse De ne point se charger de sa triste vieillesse ;

Ruth , toujours si docile à son moindre désir,

Pour la première fois refuse d’obéir.

Sa main de Noémi saisit la main tremblante ;

Elle guide et soutient sa marche défaillante ,

Lui sourit , l’encourage, et, quittant ces climats ,

De l’antique Jacob va chercher les Etats.

De son peuple chéri Dieu réparait les pertes ;

Noémi de moissons voit les plaines couvertes.

« Enfin, s’écria-t-elle en tombant à genoux,

Le bras de l’Eternel ne pèse plus sur nous;

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