‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 138 sur 142 · RUTH · texte numérisé non relu

RUTH

Que ma reconnaissance à ses yeux se déploie!

Voici les premiers pleurs que je donne à la joie.

Vous voyez Bethléem , ma fille ; cet ormeau De la tendre Rachel vous marque le tombeau.

Le front dans la poussière , adorons en silence Du Dieu de mes aïeux la bonté, la puissance.

C’est ici qu’Abraham parlait à l’Éternel.»

Ruth baise avec respect la terre d’Israël.

Bientôt de leur retour la nouvelle est semée.

A peine de ce bruit la ville est informée,

Que tous vers Noémi précipitent leurs pas.

Plus d’un vieillard surpris ne la reconnaît pas.

« Quoi! c’est là Noémi? — Non , leur répondit-elle, Ce n’est plus Noémi ; ce nom veut dire belle ;

J’ai perdu ma beauté, mes fils et mon ami : Nommez-moi malheureuse, et non pas Noémi.»

Dans ce temps, de Juda les nombreuse familles Recueillaient les épis tombant sous les faucilles; Ruth veut aller glaner. Le jour à peine luit ,

Qu’aux champs du vieux Booz le hasard la conduit, De Booz dont Juda respecte la sagesse ,

Vertueux sans orgueil, indulgent sans faiblesse,

Et qui, des malheureux l’amour et le soutien, Depuis quatre-vingts ans fait tous les jours du bien.

Ruth suivait dans son champ la dernière glaneuse;

POEME

Étrangère et timide , elle se trouve heureuse De ramasser l’épi qu’une autre a dédaigné.

Booz , qui l’aperçoit , vers elle est entraîné.

« Ma fille, lui dit-il , glanez près des javelles;

Les pauvres ont des droits sur des moissons si belles. Mais vers ces deux palmiers suivez plutôt mes pas;

Venez des moissonneurs partager le repas ,

Le maître de ce champ par ma voix vous l’ordonne ;

Ce n’est que pour donner que le Seigneur nous donne.» Il dit. Ruth à genoux de pleurs baigne sa main.

Le vieillard la conduit au champêtre festin.

Les moissonneurs , charmés de ses traits , de sa grâce , Veulent qu’au milieu d’eux elle prenne sa place,

De leur pain, de leurs mets lui donnent la moitié;

Et Ruth , riche des dons que lui fait l’amitié ,

Songeant que Noémi languit dans la misère,

Pleure, et garde son pain pour en nourrir sa mère.

Bientôt elle se lève et retourne aux sillons.

Booz parle à celui qui veillait aux moissons :

« Fais tomber, lui dit-il , les épis autour d’elle ,

Et prends garde surtout que rien ne te décèle ;

Il faut que sans te voir elle pense glaner,

Tandis que par nos soins elle va moissonner.

Épargne à sa pudeur trop de reconnaissance ,

Et gardons le secret de notre bienfaisance.»

Le zélé serviteur se presse d’obéir ;

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