‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 139 sur 142 · R U TH · texte numérisé non relu

R U TH

Partout aux yeux de Ruth un épi vient s’offrir;

Elle porte ses biens vers le toit solitaire Où Noémi cachait ses pleurs et sa misère.

Elle arrive en chantant : « Bénissons le Seigneur, Dit-elle; de Booz il a touché le cœur.

A glaner dans son champ ce vieillard m’encourage ; Il dit que sa moisson du pauvre est l’héritage. »

De son travail alors elle montre le fruit.

« Oui, lui dit Noémi, l’Eternel vous conduit;

Il veut votre bonheur, n’en doutez point, ma fille.

Le vertueux Booz est de notre famille ;

Et nos lois... Je ne puis vous expliquer ces mots, Mais retournez demain dans le champ de Booz;

Il vous demandera quel sang vous a fait naître; Répondez : Noémi vous le fera connaître;

La veuve de son fils embrasse vos. genoux.

Tous mes desseins alors seront connus de vous.

Je n’en puis dire plus; soyez sûre d’avance Que le sage Booz respecte l’innocence ,

Et que vous voir heureuse est mon plus cher désir. » Ruth embrasse sa mère , et promet d’obéir.

Bientôt un doux sommeil vient fermer sa paupière.

Le soleil n’avait pas commencé sa carrière ,

Que Ruth est dans le champ. Les moissonneurs lassés Dormaient près des épis autour d’eux dispersés ;

Le jour commence à naître ; aucun ne se réveille. Mais, aux premiers rayons de l’aurore vermeille,

POEME. 265

Parmi ses serviteurs Ruth reconnaît Booz.

D’un paisible sommeil il goûtait le repos ;

Des gerbes soutenaient sa tête vénérable.

Ruth s’arrête : « O vieillard, soutien du misérable,

Que l’ange du Seigneur garde tes cheveux blancs !

Dieu pour se faire aimer doit prolonger tes ans.

Quelle sérénité se peint sur ton visage !

Comme ton cœur est pur, ton front est sans nuage.

Tu dors, et tu parais méditer des bienfaits;

Un songe t’offre-t-il les heureux que tu fais?

Ah ! s’il parle de moi, de ma tendresse extrême,

Crois-le; ce songe, hélas! est la vérité même. »

Le vieillard se réveille à des accents si doux.

« Pardonnez , lui dit Ruth , j’osais prier pour vous;

Mes vœux étaient dictés par la reconnaissance :

Chérir son bienfaiteur ne peut être une offense;

Un sentiment si pur doit-il se réprimer ?

Non , ma mère me dit que je puis vous aimer.

De Noémi dans moi reconnaissez la fille ;

Est-il vrai que Booz soit de notre famille?

Mon cœur et Noémi me l’assurent tous deux.

— O ciel ! répond Booz, ô jour trois fois heureux !

Vous êtes cette Ruth , cette aimable étrangère Qui laissa son pays et ses dieux pour sa mère !

Je suis de votre sang , et , selon notre loi ,

Votre époux doit trouver un successeur en moi.

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