‹ Fables de Florian (volume 5)Chapitre 140 sur 142 · RUTH · texte numérisé non relu

RUTH

Mais puis-je réclamer ce noble et saint usage?

Je crains que mes vieux ans n’effarouchent votre âge ; Au mien l’on aime encor, près de vous je le sens ; Mais peut-on jamais plaire avec des cheveux blancs ? Dissipez la frayeur dont mon âme est saisie.

Moïse ordonne en vain le bonheur de ma vie ;

Si je suis heureux seul , ce n’est plus un bonheur.

— Ah ! que ne lisez- vous dans le fond de mon cœur 1 Lui dit Ruth ; vous verriez que la loi de ma mère Me devient en ce jour et plus douce et plus chère. » La rougeur, à ces mots, augmente ses attraits.

Booz tombe à ses pieds : « Je vous donne à jamais Et ma main et ma foi ; le plus saint hyménée Aujourd’hui va m’unir à votre destinée.

A cette fête , hélas! nous n’aurons pas l’amour ;

Mais l’amitié suffit pour en faire un beau jour.

Et vous , Dieu de Jacob, seul maître de ma vie ,

Je ne me plaindrai point qu’elle me soit ravie;

Je ne veux que le temps et l’espoir, ô mon Dieu !

De laisser Ruth heureuse en lui disant adieu. »

Ruth le conduit alors dans les bras de sa mère.

Tous trois à l’ Eternel adressent leur prière ;

Et le plus saint des nœuds en ce jour les unit.

Juda s’en glorifie , et Dieu , qui les bénit,

Aux désirs de Booz permet que tout réponde.

Belle comme Rachel , comme Lia féconde ;

POEME

Son épouse eut un fils; et cet enfant si beau Des bienfaits du Seigneur est un gage nouveau ;

C’est l’aïeul de David. Noémi le caresse ;

Elle ne peut quitter ce fils de sa tendresse,

Et dit en le montrant sur son sein endormi :

« Vous pouvez maintenant m’appeler Noémi »

De ma sensible Ruth, prince, acceptez l’hommage.

Il a fallu monter jusques au premier âge

Pour trouver un mortel qu’on pût vous comparer.

En honorant Booz j’ai cru vous honorer;

Vous avez sa vertu, sa douce bienfaisance;

Vous moissonnez aussi pour nourrir l’indigence; Pieux comme Booz, austère avec douceur,

Vous aimez les humains, et craignez le Seigneur. Hélas! un seul soutien manque à votre famille;

Vous n’épousez pas Ruth , mais vous l’avez pour fille

1 Madame la duchesse d’Ori.éans, mère du roi Louis-Philippe

[Note des Éditeurs.)

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