‹ Fables de Fontaine avec les notes de ChampfortChapitre 43 sur 86 · V. 5. On en voit souvent dans les cours · texte numérisé non relu

V. 5. On en voit souvent dans les cours

La Fontaine qui vante si souvent Louis XIV sur ses guerres et sur ses conquêtes, avait ici une belle occasion de lui donner des éloges plus justes et mieux mérités. Il pouvait le louer d'avoir banni ces fous de cour si multipliés en Europe ; d'avoir substitué à cet amusement misérable , les plaisirs nobles de l'esprit et de la société. Cétait un sujet sur lequel il était aisé de faire de beaux ou de jolis vers. La Fontaine avait le choix. Ou ne Peut point accusé de flatterie, et il aurait eu la gloire de coniribuer peut-être à faire cette réforme dans les cours de quelques souverains , qui conservaient ce ridicule usage.

Fable IX, page 108.

V. 1. Un jour dtux pèlerins ^ etc. . . Cette fable est parfaite d'un

Notes, Liv. IX. 319

bont à Pautrc. La morale , ou plutùt la leçon de prudence qui en résulte est excellente. Ccst un de ces Apologues qui ont acquis lacëlëbrité des proverbes sans en avoir la popularité basse et ignoble.

Rien ne forme autant le goût que la comparaison entre deux grands écrivains dont la minière est diH'érente. Transcrivons ici cet Apologue mis en vers par Boilcau , et qui termine sa seconde épitre.

» Un jour, dit un auteur y n'importe en quel chapitre ,

i> Deux voyageurs à jeun rencontrèrent une huître.

w Tous deux la contestaient , lorsque dans leur chemin,

u La justice passa la balance à la main.

w Devant elle , à grand bruit ils expliquent la chose.

» Tous deux avec dépens veulent gagner la cause.

M La justice y pesant ce droit litigieux y

M Demande Thuitre y Touvre , et T avale à leurs yeux ,

M Et par ce bel arrêt terminant la bataille y

M Tenez, voilà > dit-elle, à chacun une écaille.

M Des sottises d*autrui nous vivons au palais ;

u Messieurs , l'iiuitre était bonne , adieu , vivez en pair, m

On voit quel avantage La Fontaine a sur Boileau. Celui-ci , à la vérité , a plus de précision ; mais en la cherchant , il n'a pu éviter la sécheresse, ^'importe en quel chapitre ^ est froid et visiblement là pour la rime. Tous deux avec dépens veulent gagner leur cause. Cela n'a pas besoin d'être dit , et les deux parties ne sont point par-là distinguées des autres plaideurs. A la vérité les deux derniers vers sont plus plabans que dans La Fontaine ; mais le mot sans dépens de La Fontaine , équivaut, à-peu -près , à Messieurs , Vhultre était bonne.

La Fontaine ne s*est point piqué de la précision de Boileau. Il n'oublie aucune circonstance intéressante. Sur le sable , l'huitre est fraiche, ce qui était bon à remarquer , aussi le dit-il formellement , que le flot y venait d'apporter , et ce mot fait image.

L'appétit des plaideurs lui fournit deux jolis vers qui peignent la chose.

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