‹ Fables de Fontaine avec les notes de ChampfortChapitre 57 sur 86 · LIVRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIÈME

Fable I » page i63.

Vers I. Sultan léopard autrefois,

Cest ici le lieu de développer une partie des idées qne je ii*ai fait qu*efHenrer à Poccasion de la fable du chien qui porte au col le diné de ton mattre , et de celle de l'Hirondelle et de l'Araignée,

Cest certainement une idée très-ingénieuse d'ayoir trouvé et saisi dans le naturel et les habitudes des animaux des rapports avec nos mœurs pour en faire ou la peinture ou la satyre : mais cette idée heureuse n*est pas exempte d*inconvéniens , comme je l*ai déjà insinué. Cela vient de ce que le rapport de Panimal à Thomme est trop incomplet; et cette ressemblance imparfaite peut introduire de grandes erreurs dans la morale. Dans cette fable-ci , par exemple > il - est clair que le renard a raison et est un très-bon ministre. Il est clair que sultan léopard devait étrangler le lionceau , non - seulement comme léopard d'Apologue, c'est-à-dire qui raisonne, mais il le devait même comme sultan , vu que sa majesté léoparde se devait toute entière au bonheur de ses peuples. C'est ce qui fut démontré peu de temps après. Que conclure de-là { S'ensuit-il que parmi les hommes un monarque , orphelin , héritier d'un grand empire , doive être étranglé par un roi voisin , sous prétexte que cet orphelin devenu majeur , sera peut - être un conquérant redoutable 1 Machiavel dirait que oui •, la politique vulgaire balancerait peut-être ; mais la morale affirmerait que non. D'où vient cette différence entre sa majesté léoparde et cette autre majesté 1 C'est que la première se trouve dans une nécessité physique , instante , évidente et incontestable d'étrangler l'orphelin pour l'intérêt de sa propre sûreté. Nécessité qui ne saurait avoir lieu pour l'autre monarque. C'est la mesure de cette nécessité ; de l'ellort qu'on fait pour s'y soustraire ;'de la douleur qu'on éprouve en s'y soumettant , qui devient la mesure du caractère moral de l'homme , qui , plutôt que de s'y soumettre , consent à s'immoler lui-même ( en n'immolant toutefois que lui-même et non ceux dont le sort lui est confié ) et s'élève par - là au plus haut degré de vertu auquel l'humanité puisse

atteindre.

Notes, Liv. XL 337

atteindre. On sent d'après ces réflexions combien il serait aisé d*abu<ier de 1* Apologue de La Fontaine. On sent combien les mécbans sont embarrassans pour la morale des bons. Ils nuisent à la société » non-seulement en leur qualité de méchans y mais en empêchant les bons^ d'être aussi bons qu'ils le souhaiteraient , en forçant ceux-ci de mêler à leur bonté une prudence qui en gêne et qui en restreint l'usage ; et c'est ce qui a fait enfin qu'un recueil d'apologues doit presqu'autant contenir de leçons de sagesse que de préceptes de morale.

Propose{-vous d'avoir le lion pour ami.

Si vous voule{ le laisser croître.

Ces deux derniers vers sont presque devenus proverbes. Il y en a deux autres dans le cours de cet Apologue y que j'ai tu citer et appliquer à un très-méchant homme y qui était destiné à avoir de grands moyens de servir et de nuire y et qui avait au moins le mérite d'être attaché à ses amis. Voici ces deux vers :

Ce sera le meilleur lion y Pour ses amis , qui soit sur terre.

Mais les trois alliés du lion qui ne lui coûtent rien y son courage , sa force j avec sa vigilance y est une tournure d'un goût noble et, grand > •t presque oratoire. Aussi cela se dit-il dans le conseil du roi.

F A B L B II) page i65.

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