‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 190 sur 394 · LIVRE VII. FABLE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VII. FABLE VI

Tiennent la maison propre, ont soin de l'équipage,

Et quelquefois du jardinage.

Si vous touchez à leur ouvrage, Vous gâtez tout. Un d'eux près du Gange autrefois Cultivait le jardin d'un assez bon bourgeois. 11 travaillait sans bruit, avait beaucoup d'adresse,

Aimait le maître et la maîtresse, Et le jardin surtout. Dieu sait si les Zéphyrs, Peuple ami du démon, l'assistaient dans sa tâche l Le follet, de sa part, travaillant sans relâche,

Comblait ses hôtes de plaisirs.

Pour plus de marques de son zèle, Chez ces gens pour toujours il se fût arrêté,

Nonobstant la légèreté

A ses pareils si naturelle ;

Mais ses confrères les esprits Firent tant que le chef de cette république,

Par caprice ou par politique,

Le changea bientôt de logis.

Ordre lui vient d'aller au fond de la Norwége

Prendre le soin d'une maison

En tout temps couverte de neige ; Et d'Indou qu'il était on vous le fait Lapon. Avant que de partir, l'esprit dit à ses hôtes :

On m'oblige de vous quitter ;

Je ne sais pas pour quelles fautes :

Mais enfin il le faut. Je ne puis arrêter Qu'un temps fort court, un mois, peut-être une semaine; Employez-la : formez trois souhaits ; car je puis

Rendre trois souhaits accomplis ; Trois, sans plus. Souhaiter, ce n'est pas une peine

Etrange et nouvelle aux humains.

Ceux-ci, pour premier vœu, demandent l'abondance;

Et l'abondance à pleines mains

Verse en leurs coffres la finance, En leurs greniers le blé, dans leurs caves les vins : Tout en crève. Comment ranger cette chevance1? 1 Ces biens, cette fortune.

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