‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 21 sur 394 · LIVRE 1. FABLE XIV · texte numérisé non relu

LIVRE 1. FABLE XIV

La louange chatouille et gagne les esprits :

Les faveurs d'une belle en sont souvent le prix :

Voyons comme les dieux Font quelquefois payée.

Simonide avait entrepris L'éloge d'un athlète ; et, la chose essayée, 11 trouva son sujet plein de récits tout nus. Les parents de l'athlète étaient gens inconnus ; Son père, un bon bourgeois; lui, sans autre mérite

Matière infertile et petite.

Le poète d'abord parla de son héros.

Après en avoir dit ce qu'il en pouvait dire, Il se jette à côté, se met sur le propos De Castor et Pollux ; ne manque pas d'écrire Que leur exemple était aux lutteurs glorieux ; Elève leurs combats, spécifiant les lieux Où ces frères s'étaient signalés davantage :

Enfin l'éloge de ces dieux

Faisait les deux tiers de l'ouvrage.

L'athlète avait promis d'en payer un talent :

Mais, quand il le vit, le galant N'en donna que le tiers ; et dit, fort franchement, Que Castor et Pollux acquittassent le reste. Faites-vous contenter par ce couple céleste.

Je vous veux traiter cependant :

Venez souper chez moi ; nous ferons bonne vie :

Les conviés sont gens choisis,

Mes parents, mes meilleurs amis ;

Soyez donc de la compagnie.

Simonide promit. Peut-être qu'il eut peur De perdre, outre son dû, le gré de sa louange.

Il vient : l'on festine, l'on mange.

Chacun étant en belle humeur, Un domestique accourt, l'avertit qu'à la porte Deux hommes demandaient à le voir promptemenk

Il sort de table ; et la cohorte

N'en perd pas un seul coup de dent.

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