‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 236 sur 394 · LIVRE VIII. FABLE XVI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABLE XVI

Abondait partout en tableaux,

Et que la laine et les pinceaux Traçaient de tous côtés chasses et paysages,

En cet endroit des animaux,

En cet autre des personnages, Le jeune homme s'émeut, voyant peint un lion : Ah, monstre ! cria-t-ii ; c'est toi qui me fais vivre Dans l'ombre et dans les fers ! À ces mots il se livre Aux transports violents de l'indignation,

Porte le poing sur l'innocente bête.

Sous la tapisserie un clou se rencontra :

Ce clou le blesse; il pénétra Jusqu'aux ressorts de l'âme, et cette chère tête, Pour qui l'art d'Esculape en vain fit ce qu'il put, Dut sa perte à ces soins qu'on prit pour son salut.

Même précaution nuisit au poëte Eschyle.

Quelque devin le menaça, dit-on,

De la chute d'une maison.

Aussitôt il quitta la ville, Mit son lit en plein champ, loin des toits, sous les cieux. Un aigle, qui portait en l'air une tortue, Passa par là, vit l'homme, et sur sa tète nue, Qui parut un morceau de rocher à ses yeux,

Étant de cheveux dépourvue, Laissa tomber sa proie afin de la casser : Le pauvre Eschyle ainsi sut ses jours avancer.

De ces exemples il résulte Que cet art, s'il est vrai, fait tomber dans les maux

Que craint celui qui le consulte ; Mais je l'en justifie, et maintiens qu'il est faux.

Je ne crois point que la Nature £c soit lié les mains, et nous les lie encore Jusqu'au point de marquer dans les cieux notre sort *.

Il dépend d'une conjoncture

De lieux, de personnes, de temps ; Non des conjonctions do tous ces charlatans. Ce berger et ce roi sont sous même planète ;

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