‹ Fables de J. de La FontaineChapitre 254 sur 394 · LIVRE VIII. FABI.E XXVI · texte numérisé non relu

LIVRE VIII. FABI.E XXVI

Buvons toute cette eau ; notre gorge altérée En viendra bien à bout : ce corps demeurera

Bientôt à sec • et ce sera

Provision pour la semaine.

Voilà mes chiens à boire : ils perdirent l'haleine,

Et puis la vie ; ils firent tant

Qu'on les vit crever à l'instant.

L'homme est ainsi bâti : quand un sujet l'enflamme, L impossibilité disparaît à son âme.

Combien fait-il de vœux, combien perd-il de pas, S'outrant 2 pour acquérir des biens ou de la gloire!

Si j'arrondissais mes États !

Si je pouvais remplir mes coffres de ducats ! Si j'apprenais l'hébreu, les sciences, l'histoire J

Tout cela, c'est la mer à boire ;

Mais rien à l'homme ne suffit.

Pour fournir aux projets que forme un seul esprit. 11 faudrait quatre corps : encor, loin d'y suffire, À mi-chemin je crois que tous demeureraient • Quatre Mathusalem bout à bout ne pourraient

Mettre à fin ce qu'un seul désire.

Page 1